Village de la justice
Mes comptes Mes comptes
Mes comptes
  • Mes comptes Mes comptes Mon compte MEMBRE
    (Auteur et Forum)
  • Mes comptes Mes comptes Mon compte EMPLOI
    (Recruteur ou Candidat)
2
2
Publicité

Le sort du contrat de travail en cas d’invalidité.

Par Cécile Villié, Avocat.

117037 lectures 1re parution: 9 commentaires 4.52  /5

Explorer : # invalidité # contrat de travail # licenciement # médecine du travail

L’invalidité est une notion de Sécurité sociale. Sa reconnaissance permet au salarié de percevoir une pension d’invalidité venant compenser la perte de salaire entraînée par l’état de santé.

-

En principe, cette reconnaissance d’invalidité n’a aucune incidence sur le contrat de travail en cours du salarié. Néanmoins, c’est l’aptitude à occuper le poste de travail qui peut affecter le contrat de travail.

Qu’est-ce que l’invalidité ?

L’invalidité est la réduction de la capacité de travail d’une personne d’au moins 2/3 suite à une maladie ou un accident non professionnel. Autrement dit, il s’agit d’une reconnaissance par la sécurité sociale de l’incapacité de travail d’un salarié ayant entraîné une perte de gain d’au moins 66% de la rémunération normale des travailleurs de la même catégorie et travaillant dans la même région.

Le classement en invalidité du salarié est, de fait, une notion de sécurité sociale dont l’objectif est essentiellement indemnitaire.

En effet, une pension est attribuée, au titre de cette invalidité, ayant pour objet de compenser la perte de salaire entraînée par l’état de santé [1].

Quels sont les niveaux d’invalidité ?

Il existe trois catégories d’invalidité [2] :
- Catégorie 1 : les invalides en capacité d’exercer une activité professionnelle,
- Catégorie 2 : les invalides déclarés incapables d’exercer une quelconque activité professionnelle (sous réserve d’une déclaration d’inaptitude par le médecin du travail),
- Catégorie 3 : les invalides absolument incapables de travailler et qui ont besoin en plus de recourir à une tierce personne pour les actes de la vie courante.

Quelle est la différence entre invalidité, incapacité et inaptitude ?

L’invalidité est à différencier de l’incapacité qui fait suite à un accident du travail ou une maladie professionnelle.

L’incapacité correspond à une altération des capacités physiques et/ou mentales du salarié empêchant temporairement ce dernier de satisfaire ses obligations professionnelles. Elle est constatée par le médecin traitant dans le cadre d’un arrêt de travail [3].

Quant à l’inaptitude, elle est constatée par le médecin du travail lorsque l’état de santé, physique et/ou mental du salarié est devenu incompatible avec son poste de travail. Pour que la sécurité sociale procède à une déclaration d’inaptitude, il faut préalablement un avis du médecin du travail qui effectuera pour ce faire, une étude de poste et des conditions de travail du salarié [4].

Un employeur peut-il licencier son salarié pour invalidité ?

Quelle que soit la cause de l’invalidité, un employeur n’est pas en droit de licencier un salarié invalide tant que ce dernier n’est pas déclaré inapte par le médecin du travail.

Le statut d’invalide ne présume aucunement l’inaptitude. Ainsi, un salarié classé en invalidité peut, si le médecin du travail ne conclut pas une inaptitude au poste, poursuivre une activité salariée à temps plein sur la base d’un temps partiel.

La Cour de cassation a plusieurs fois jugé que le contrat de travail ne peut être rompu pour invalidité que celle-ci soit de catégorie 1 ou 2 ; l’employeur est dans l’obligation d’organiser une visite médicale de reprise même si le salarié a été placé en catégorie 2 [5].

L’invalidité n’étant pas un motif de rupture du contrat de travail, même une convention collective ne peut prévoir la résiliation automatique du contrat de travail d’un salarié déclaré invalide sans constatation préalable de son inaptitude par le médecin du travail.

Une rupture du contrat de travail survenue dans de telles circonstances sera frappée de nullité et donne droit, pour le salarié, au paiement de dommages et intérêts au moins égal à six mois de salaire.

L’employeur ne peut licencier un salarié invalide sans déclaration d’inaptitude par le médecin du travail que si les absences du salarié sont fréquentes et prolongées de sorte à perturber le bon fonctionnement de la société.

Le salarié est-il dans l’obligation d’informer l’employeur de son état d’invalidité ?

Aucun texte de loi n’oblige le salarié d’informer l’employeur de son classement en invalidité. Une telle omission n’entraîne, dès lors, aucune conséquence pour le salarié. Néanmoins, l’obligation de loyauté devrait le conduire à procéder à cette information.

Un salarié invalide doit-il justifier ses absences ?

Oui. Le salarié déclaré invalide doit veiller à justifier son absence par la fourniture d’un certificat d’arrêt de travail. A défaut de la fourniture d’un justificatif, l’employeur pourra le mettre en demeure de justifier son absence ou de reprendre le travail. Si le salarié n’y fait pas suite sans motif légitime, il s’expose à une sanction disciplinaire.

Il est tout de même conseillé à l’employeur, en cas de doute sur la situation du salarié de l’inviter à une visite médicale de suivi [6] auprès de la médecine du travail afin que ce dernier puisse éventuellement éclairer l’employeur sur la situation du salarié.

Que doit faire l’employeur lorsqu’il est informé de l’invalidité du salarié ?

L’employeur informé du classement en invalidité de son salarié doit veiller à organiser une visite médicale auprès de la médecine du travail [7] afin de se conformer à l’obligation de mettre en œuvre un suivi médical adapté [8].

C’est à l’issue de cette visite que l’inaptitude du salarié sera ou non confirmée par le médecin du travail.

Si le salarié est déclaré inapte, alors, il peut être licencié et l’indemnité de licenciement pour inaptitude sera au moins égale à l’indemnité légale de licenciement. Elle est doublée en cas d’accident ou de maladie d’origine professionnelle.

Bienvenue sur le village de la justice

Interagir avec l'auteur !

Vous pouvez envoyer une demande personnalisée privée à l'auteur, si ce bouton apparaît :

Recommandez-vous cet article ?

Donnez une note de 1 à 5 à cet article :
L’avez-vous apprécié ?

46 votes

Cet article est protégé par les droits d'auteur pour toute réutilisation ou diffusion (plus d'infos dans nos mentions légales).

Notes de l'article:

[1] CSS, art. L341-1 et R341-2 à R341-9.

[2] CSS, art. L341-4.

[3] CSS, art. L162-4-1.

[4] C. trav., art. L4624-4 et R4624-42.

[5] Cass. soc 12 oct 1999, n°97-40.835 ; Cass. soc 15 octobre 2003 n°01-43.571.

[6] C. trav., art. L4624-1 et R4624-34.

[7] C. trav., art. R4624-31.

[8] C. trav., art. R4624-20.

Commenter cet article

Discussions en cours :

  • par Pelle , Le 12 décembre 2023 à 09:17

    Bonjour,

    Qu’en est-il si l’entreprise, informée de la mise en invalidité de son salarié suite à un arrêt maladie de deux ans consécutifs, qui n’a pas invité son salarié à une visite médicale de reprise durant de nombreuses années ( plus de dix ans ) ?
    Le salarié, privé de la possibilité de reprendre un poste de travail aménagé, dans la justification de son préjudice, peut-il demander , non seulement l’intégralité de ses salaires mais aussi l’implication de l’absence de ces revenus pour le calcul de ces revenus ?

  • Bonjour,
    Je suis dans le cas d’un employeur qui ne respecte pas les 8 jours, par contre je ne trouve nul part d’information sur le délai minimum entre l’envoi de la convocation et la date de cette visite médicale de reprise, car l’absence à cette visite est une faute de l’employé qui n’est pas censé être chez lui tous les jours. Pour voir aussi si vice de procédure et si je peux donc avoir une action légale Merci d’avance

    • par ROBIN , Le 19 septembre 2023 à 07:42

      une attestation d’inaptitude NON SIGNÉE par le médecin du travail est-elle valable pour que l’employé obtienne des indemnités légales au titre de son licenciement pour maladie professionnelle ?

  • par BERNARD Sophie , Le 22 février 2023 à 16:46

    Le texte est très clair, précis et répond à de nombreuses questions . Il a été d’une très grande utilité
    Merci

A lire aussi :

>
Village de la justice et du Droit

Bienvenue sur le Village de la Justice.

Le 1er site de la communauté du droit: Avocats, juristes, fiscalistes, notaires, commissaires de Justice, magistrats, RH, paralegals, RH, étudiants... y trouvent services, informations, contacts et peuvent échanger et recruter. *

Aujourd'hui: 158 452 membres, 32241 articles, 127 430 messages sur les forums, 1 840 annonces d'emploi et stage... et 1 000 000 visites du site par mois en moyenne. *


FOCUS SUR...

• [Semaine de la médiation] Le mot du parrain 2026, Fabrice Vert, pour les lecteurs du Village de la justice.

• Transformons le droit ! Le nouveau concours de posters du Congrès Transfodroit.





LES HABITANTS

Membres

PROFESSIONNELS DU DROIT

Solutions

Formateurs