La beauté de l’avocat sauvera la Justice.

« Nous étions des seigneurs, nous allons finir par passer pour de pauvres hères ». Cette parole dépitée d’un grand avocat parisien résume le grand écart social et démographique au sein du plus grand barreau de France (…) rapportait récemment une journaliste du Figaro [1].

Il ne faudrait pas en déduire que la grandeur de l’avocat est fonction de ses revenus. Sa beauté est autre. C’est elle qui sauvera la Justice.

La disparité des revenus entre avocats est une réalité. La question de la rentabilité de la profession est importante : c’est une des raisons de la grève contre la réforme des retraites. Mais le niveau de revenus ne fait pas l’avocat. Avocat fortuné, avocat plus modeste mais toujours avocat.

On peut étendre à l’avocat ce que dit Jacqueline Kelen à propos des héros : « Aimer les héros, se vouloir un héros, c’est en effet sortir de l’ordinaire, (…). Cela n’a rien à voir avec le rang social, avec une culture particulière, ni avec une « race élue », avec des ressources financières » [2].

Qu’est ce qui fait la grandeur de l’avocat ?

Prolongeons l’analogie avec le héros dont le portrait est brossé par Jacqueline Kelen : « Le héros est bien celui qui sort de l’ordinaire : qui sort de l’existence plus grand qu’il n’y est entré. C’est un témoin d’humanité ou encore un humaniste tel que le concevaient et l’illustraient les philosophes et les artistes qui ont fait la Renaissance : un être conscient de sa liberté et de sa dignité, capable de grandeur » [3].

En quoi l’avocat sort de l’ordinaire ? Quelle est la beauté de la profession ? Pour répondre à cette question, déclinons quelques élégances de l’avocat.

Fin juriste.
L’avocat est fin juriste. Il est fort de ses nombreuses années d’études, de ses spécialités, de sa formation continue et de son expérience professionnelle.

Chevaleresque.
L’avocat respecte une déontologie. Il jure d’exercer ses fonctions avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité dans le respect des principes de sa déontologie : honneur, loyauté, désintéressement, confraternité, délicatesse, modération, courtoisie, compétence, dévouement, diligence et prudence.

Ainsi, l’avocat ne se contente pas de dire le droit, il se donne à la justice, paré des valeurs de sa déontologie. L’avocat est donc un humaniste et non un humanitaire au sens où l’entend Jacqueline Kelen : « La voie de l’humanisme est de faire rayonner ce qu’on est, l’entreprise humanitaire cherche à donner ce que l’on a (en trop) : riz, argent, médicaments….Suivant l’ancien précepte qui dénie le gouvernement des autres à qui ne sait se gouverner soi-même, on peut se demander qui peut prétendre offrir autre chose que ce qu’il est : seul un homme d’harmonie peut répandre la paix, seul un philosophe joyeux peut proposer une pensée hédoniste, seul un individu sans masque peut parler de transparence, et seul un homme plein d’amour connait la vrais tolérance » [4].

Auxiliaire de justice.
L’avocat est auxiliaire de justice. C’est un professionnel de la pâte humaine. Son travail est de faire le lien entre un bout du monde réel, la situation de son client, et le juge qui aura à examiner son affaire. André Comte Sponville écrivait dans son petit traité des grandes vertus : « La justice n’existe pas, et n’est une valeur, même, qu’autant qu’il y a des justes pour la défendre » [5].

L’enjeu n’est pas de trouver des moyens techniques pour accélérer le traitement des dossiers. L’enjeu est humain. Il faut tout faire pour que le justiciable rencontre une femme ou un homme « juste », c’est-à-dire une personne formée à la Justice et qui la pratique : l’avocat.

Défenseur des libertés.
L’avocat est épris de liberté. François Sureau, est parrain d’une promotion d’ élèves avocats de l’école des avocats du grand ouest. En visite à l’école, il a rappelé aux étudiants « Vous ne réussirez pas ce métier sans un peu d’anarchie ! » ajoutant qu’ « il faut autoriser même l’inadmissible. Nous avons aujourd’hui un degré d’intolérance à l’expression d’opinion qui est insupportable." Il a « insisté sur le rôle de l’avocat, face aux dérives législatives, aux défaillances d’un Etat, tel un chevalier en robe noire dans la protection des libertés publiques. Une indépendance et un esprit critique qui engendre une solitude de la fonction » [6].

Un philosophe a écrit à juste titre qu’engendrer dans la beauté n’était pas une propriété spéciale des beaux-arts. [7]. Il y a une beauté de l’avocat. Cette beauté porte la justice.

On peut donc conclure cette chronique à la manière de Dostoïevski : Est-il vrai, Maître, que vous ayez dit une fois que la « beauté » de l’avocat sauvera la Justice ? Messieurs, s’écria fortement l’auxiliaire de justice à l’adresse de tous, je vous assure que la beauté de l’avocat sauvera la Justice ! [8].

Me Loïc TERTRAIS

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Notes de l'article:

[1Le Figaro 9 février 2020 - A Paris la crise du Barreau illustre tout le malaise des avocats - Paule Gonzalès.

[2Jacqueline Kelen - L’Eternel Masculin -Editions Robert Laffont.

[3Jacqueline Kelen - L’Eternel Masculin -Editions Robert Laffont.

[4Jacqueline Kelen - L’Eternel Masculin - Editions Robert Laffont.

[5André Comte Sponville - Petit traité des grandes vertus - Poche.

[6François Sureau - Intervention reprise dans - 7 jours les petites affiches de Bretagne - Janvier 2020.

[7Expression de Jacques Maritain - L’intuition créatrice dans l’art et dans la poésie.

[8« Est-il vrai, prince, que vous ayez dit une fois que la « beauté » sauvera le monde ? Messieurs, s’écria-t-il fortement à l’adresse de tous, le Prince assure que la beauté sauvera le monde » - Fiodor Dostoïevski - L’idiot.

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Vos commentaires

  • Dernière réponse : 25 mars 2020 à 09:59
    par Virginie Brousse Hebert , Le 16 février 2020 à 12:02

    Merci de revenir à l’essence même de notre metier. Cet esprit de liberté et d’indépendance qui nous anime va au delà de la disparité de nos exercices professionnels, C’est ce qui nous lie et relie les uns aux autres quelles que soient nos conditions d’exercice, c’est ce qui nous fait sortir de nos cabinets pour aller à la rencontre du justiciable pour expliquer combien il est important que son défenseur soit libre et non dépendant de compagnie d’assurance protection juridique....certes cela a un coût mais la LIBERTÉ n’en a pas de prix !

    • par Loïc TERTRAIS , Le 18 février 2020 à 10:30

      Oui, la liberté, l’ADN de la profession d’avocat à conquérir sans cesse car, selon le mot de Bernanos « Je suis d’accord avec les hommes du XIIIè comme avec ceux du XVIIIème, avec saint Bonaventure comme avec Pascal, avec Pascal comme avec Jean-Baptiste Rousseau : le monde ne sera sauvé que par des hommes libres ! »

    • par Michel Pierchon , Le 24 mars 2020 à 11:34

      Pierre Antoine Berryer disait
      "Je mets l’honneur de servir au dessus du bonheur de plaire et s’il me faut encourir un reproche, je préfère celui d’être irrespectueux à celui d’être courtisan"
      Sur Berryer, voir site et notamment Manifestations à l’occasion du cent cinquantième anniversaire de sa mort en novembre 1868 : https://berryer.wixsite.com/berryer

    • par tertrais , Le 25 mars 2020 à 09:59

      Merci pour cette citation du grand Berryer !

      Un jour, Berryer, s’adressant aux jeunes avocats du barreau de Paris, leur disait « C’est par le coeur qu’on est éloquent, et le coeur ne vibre que dans la juste estime de soi-même. Les subtilités ingénieuses, les ressources brillantes de l’esprit peuvent étonner et captiver un moment ; mais les émotions profondes, mais la parole ferme et pénétrante ne partent que d’une âme loyalement inspirée, loyalement convaincue. Seules elles sollicitent puissamment la raison et la conscience du juge. ».

  • Quel joli texte, mais tellement loin de la réalité rencontrée par bon nombre d’entre nous, les justiciables.
    En plein divorce, j’ai été confrontée à :
    - un avocat qui me mène sur un divorce contentieux alors que je lui exprimais mes réticences, en oubliant de me préciser que ça allait prendre des années...3 ans aujourd’hui et on vient de m’avouer que ce serait plutôt 5 ans...minimum !!!
    - un autre qui me force la main en prétendant s’être mis en relation avec la partie adverse pour prendre le dossier en main alors même que je n’avais pas donné mon aval et encore moins signé de convention.
    - le suivant qui me reçoit à plusieurs reprises en commençant par "je n’ai pas eu le temps de prendre connaissance de votre dossier", alors même que je demandais confirmation de notre rdv à chaque fois, et qui me facture chacun d’entre eux.
    - quid des honoraires facturés dès le premier rdv, alors qu’il s’agit d’une simple prise de contact...et de ceux qui suivent, sans aucune possibilité de contrôle ?
    - Et que dire de tous ces cabinets qui ne maitrisent pas leur dossier devant le juge ! les erreurs d’interprétation sur des documents essentiels !?... Et ceux dont les collaborateurs changent en permanence ou sont présentés comme séniors alors qu’ils sont juniors ???

    J’ai contacté bon nombre de personnes en plein divorce comme moi pour échanger, et ce que je vis est la réalité de la plupart d’entre eux.
    Entre incompétence et cupidité, y a-t-il encore une justice ?

    • par Loïc TERTRAIS , Le 18 février 2020 à 10:00

      En guise de réponse, un extrait de Défends ma cause -Ed du Jubilé Serment 2018

      "Votre déontologie, Maître, je m’en fous ! Trois avocats que je consulte, trois avocats qui se couvrent de ce mot ! Deux avocats sur le carreau. Seriez- vous le troisième ? "
      (...)

      "Le premier avocat était l’homme des bonnes manières. Bien peigné, impeccable dans son costard cravate, il avait en apparence toutes les formules idoines : "Bonjour Cher Monsieur…asseyez-vous je vous en prie. Et ses correspondances étaient des modèles du genre, bien policées comme il le faut. Mais, le premier rendez-vous pris et la provision empochée, impossible de l’avoir au téléphone. Avocat portant beau, diseur et affairé mais inaccessible. Que de la gueule. Je l’ai débarqué."

      "Le deuxième était un homme de devoir, de morale et de technique. Monsieur, je vous entends. D’abord, il faut saisir le juge des référés. Ensuite il faut communiquer nos pièces. Après il faudra saisir le juge du fonds. (...) Moi, je n’attendais pas des réponses toutes faites qui finalement m’apparaissaient inadaptées aux problèmes exposés. Alors, j’ai aussi débarqué cet avocat bardé de certitudes et de "il faut"."

      "Voila pourquoi Maître, le mot déontologie me met en colère. Deux avocats consultés, deux déontologies (...) ! Et pas de prise en charge de mon problème ! Mais moi, j’ai juste besoin qu’on m’écoute vraiment et qu’on n’applique pas bêtement à ma situation des solutions toutes faites. Les avocats, vous n’apprenez donc pas à lire un peu plus loin que vos codes ?"

      En écoutant cette diatribe sévère, je me dis tout à coup que cet homme a raison : Il y a trois manières d’exercer son métier. Par politesse, par morale ou par amour. Et c’est vrai : combien la politesse peut être lisse et froide, la morale étroite et bornée. Seul l’amour est attentif constructif et imaginatif. Et ce client attendait un vrai investissement dans son dossier là où il n’avait eu que réponse affable et lointaine d’une part et bêtement technique et moralisante d’autre part.

      Bien sûr on peut se contenter de politesse ou de morale car "Quand on n’est pas capable d’aimer, il faut agir comme si on aimait, c’est-à-dire moralement. Et quand on n’est pas capable d’agir comme si on aimait, quand on n’est pas capable de respecter vraiment les personnes, il faut au moins être poli, il faut au moins les respecter, c’est-à-dire leur dire bonjour quand on les croise et pardon quand on les bouscule." (1)

      Mais toute personne qui consulte un avocat n’attend-elle pas que l’auxiliaire de justice se place toujours au niveau du cœur ?

      Après avoir passé en revue tous ses griefs, mon client me regarda l’air interrogateur. Je devinai dans son regard que nous nous posions tous les deux la même question : quel type d’avocat allais-je être ?

      (1) André Comte-Sponville, Petit traité des grandes vertus.

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