Où en est la Legaltech en France ?

Quelques semaines après le congrès réussi "RDV des Transformations du droit" qui fait le point chaque année sur l’écosystème de l’innovation (pas seulement tech) dans le monde du Droit, voici quelques éléments d’étape sur la santé des acteurs de la Legaltech.

Malgré la crise 2020, la Legaltech a augmenté son potentiel, comme on peut le voir avec les belles levées de fonds de Leeway en mars 2021 (gestion de contrats pour les Directions juridiques) de 4,2 million d’euros, de Data Legal Drive (2 millions d’euros pour son logiciel de mise en conformité au RGPD) ou encore de Legal Pilot (1,6 millions d’euros pour sa solution d’automatisation en octobre 2021), upLaw (1 million d’euros pour la gestion de l’actionnariat), Adequacy (1,2 million d’euros sur le segment du RGPD)... mais aussi le lancement du projet de "filière juridique" qui a pour but de mieux faire cohabiter technologie et acteurs du droit et pourquoi pas de "lancer des licornes du droit" en France, selon les promoteurs de l’initiative...

L’occasion nous est donnée de partager avec vous quelques nouveaux éléments sur les acteurs de la Legaltech, avec la parution en décembre du Baromètre 2021 des LegalTechs françaises édité par Wolters Kluwer, la Banque de Territoires et Maddyness, une enquête réalisée sur la base d’un questionnaire retenant 89 entreprises de la Legaltech en France.

L’un des constats faits par l’étude à la fin 2019 était l’importance croissante des fonds levés chaque année par les startups du droit, 12,8 millions en 2017, 24,6 millions en 2018 et... 52,1 millions en 2019. En 2020, année de pandémie, le montant des levées de fonds était en chute libre.
En 2021 les levées de fonds "sont repartis à la hausse et renouent avec l’habitude du secteur d’établir un nouveau record tous les ans. En 2021, au 15 novembre, la Legaltech a totalisé 57,8 millions d’euros (...) soit une hausse de 11% par rapport au précédent pic de 2019 (17 tours de table en 2021)" indique l’étude pré-citée.

Quelle dynamique de l’écosystème ?

Si les créations d’entreprises Legaltech ont chuté en 2020, la reprise est là, mais très modérée sur le panel retenu par l’étude (8% en 2021 de nouvelles Legaltech, contre 22% en 2019).

L’enquête met en lumière un autre aspect du marché de la Legaltech, les relations avec les grands groupes. Il s’agit de rachats, devenus fréquents, mais aussi de rapprochement stratégiques par exemple en terme de distribution, avec "une hausse cette année 2021 de 17,8% par rapport à 2020. Et les intentions de rapprochement sont également en hausse, signe que les legaltechs sont en recherche constante de relais de croissance..."
On a pu le confirmer lors des RDV transformations du droit avec de nombreuses legaltechs hébergés sur les stands des grands éditeurs.

Qui sont les investisseurs de ces legaltechs ?

Les investisseurs sont majoritairement des business angels... "mais dans une proportion nettement moindre par rapport à ce que nous avions constaté en 2020 (22,5% des opérations, contre 41,2% l’an dernier), alors que les VCs les talonnent (20%). C’est tout à fait cohérent avec le stade de maturité du secteur : les montants des levées de fonds ont aujourd’hui mis fortement à contribution les business angels et seule une minorité d’entreprises (une sur cinq) ont réussi à attirer l’attention des fonds privés. En revanche, on peut se réjouir de l’arrivée de fonds étrangers dans les tours de table, à l’instar de Lead Edge Capital qui a mené la levée la plus importante du secteur cette année."

Quel est le chiffre d’affaires de ces acteurs de la Legaltech ?

Seuls 2/3 des Legaltech étudiées ont répondu à cette question de l’étude, ce donc n’est pas statistiquement très fiable puisque l’on réduit le panel à moins de 60 entreprises, mais les résultats fournis montrent tout de même une augmentation globale du chiffre d’affaires de l’échantillo :

Pourcentage de legaltechs par tranche de C.A.
Source Baromètre 2021 Maddyness / Wolters Kluwer / Banque des Territoires

Que proposent-elles au marché du droit ?

L’étude indique que "les services de digitalisation des processus métiers constituent toujours l’écrasante majorité des Legaltechs. Mais ils ont perdu du terrain par rapport à la précédente édition (42%), alors qu’ils étaient en constante progression ces trois dernières années. Grands perdants de cette édition, les services de défense des droits des particuliers qui s’effondrent à 2,2% (-75%), devenant anecdotiques dans le paysage des Legaltechs.
Au contraire, les services de protection et gestion des données sont toujours plus nombreux (7,9%, soit +64%) et ont essaimé à la faveur de la crise."

Source Baromètre Maddyness / Wolters Kluwer / Banque des Territoires, 2021

On pourra en complément consulter l’Observatoire des legaltechs du Village de la Justice pour détailler les pratiques du secteur sur un plus large panel et une autre approche d’étude.

Sur les sujets "Missions et responsabilités", l’enquête relève que 30% des legaltechs déclarent avoir initié une démarche RSE (mais notre propre enquête RSE montre une réalité toute autre ou disons plus nuancée...).

D’autres tendances.

Si les "anciennes" legaltechs sont de plus en plus nombreuses à trouver des capitaux pour organiser leur croissance ou sont rachetées (easyquorum par exemple en 2021), les acteurs traditionnels du droit sont aussi très actifs en innovations.
Ces acteurs dits "historiques" du droit ont une "surface financière" plus importante, ce qui permet de mettre en perspective l’ampleur des levées de fonds : le chiffre d’affaires en produits électroniques des éditeurs juridiques en France est probablement au-delà de 500 millions € en 2019 [1], même si cela ne présage pas de leur capacité d’investissement.

Evolution importante en cette fin 2021, les acteurs internationaux se tournent désormais clairement vers la France qui n’est plus un "marché protégé", avec l’arrivée d’acteurs internationaux majeurs (One Trust et Bryter par exemple) qui s’est formalisée au Village de la Legaltech 2021 [2].

Ajoutons l’arrivée des acteurs publics de la Justice qui proposent à leur tour des "services numériques innovants [3], et l’on confirmera que le monde de la Legaltech n’est plus du tout celui présenté il y a encore 3 ans... Lisez aussi les tendances relevées par la Rédaction du Village de la justice lors du dernier Congrès #transfodroit.

© Source et infographies : Wolters Kluwer et Maddyness, données complémentaires Village-justice.com

Rédaction du village

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Notes de l'article:

[1Estimation basée notamment sur une réévaluation des chiffres issus de l’"Etude du marché de l’information juridique électronique" de Juriconnexion.

[2Le Village de la Legaltech est l’un des 5 espaces des RDV Transformations du droit de novembre.

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