Christophe ALBERT
Village de la Justice

© infographies : Wolters Kluwer et Maddyness sauf indication contraire, © Village de la Justice.

 
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  • Parution : 20 février 2020

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Où en est la Legaltech en France ?

A quelques mois du prochain grand Village de la Legaltech (5ème édition), voici quelques éléments d’étape sur la santé des acteurs de la Legaltech.

Saisissons l’occasion qui nous est donnée de partager avec vous quelques éléments avec la parution du Baromètre 2019 des LegalTechs françaises édité par Wolters Kluwer et Maddyness, une enquête précise sur la base d’un questionnaire concernant 68 Legaltech.

L’un des constats à la fin 2019 est l’importance croissante des fonds levés chaque année par les startups du droit, 12,8 millions en 2017, 24,6 millions en 2018 et... 52,1 millions en 2019... Et encore ces chiffres sont partiels et sur la base de déclarations volontaires ; il manque dans ce panel des acteurs de poids comme LegalPlace qui a levé 6 millions ou Yousign pour 3,5 millions.
Tout ceci constitue de toute façon une croissance remarquable, qui doit faire envie aux professions règlementées qui n’ont pas encore réussi -sauf rares exceptions- à mobiliser les moyens financiers nécessaires à de nouveaux développements [1]. 19 startup ont levé des fonds en 2019 (un petit tiers du panel), avec parfois des montants élevés qui montrent que le droit peut séduire les financiers, comme ici avec 5 sociétés qui ont levé 71% des fonds en 2019 :

On notera que le leader accompagne les créateurs d’entreprises et TPE-PME dans leur quotidien juridique, sans disruption technologique a priori, mais que les deux suivants sont de vrais innovateurs, en matière de justice quantitative (certains diront prédictive) et d’intelligence artificielle. Curiosité ? Les deux levées importantes de fonds suivantes concernent le monde notarial. Les levées de fonds suivantes sont inférieures à 500.000€, et concentrées sur un petit nombre d’acteurs (57% des startup n’ont jamais levé de fonds).

Le baromètre donne un autre indicateur, le montant total mobilisé depuis 2016, qui est de près de 100 millions d’euros ; la moitié a donc été levée... en un an, signe certain d’accélération, et de maturité si l’on ajoute à cela que 22% des startup ont déjà levé 2 ou 3 fois des fonds.

Notons que le montant maximum reste encore relativement modeste si on le compare à la plus importe levée de fonds toutes startups confondues en France en 2019 (205 millions pour la plateforme Meero qui vend des reportages photos pour les sites internet grand public essentiellement, et - plus intéressant car plus proche des professions règlementées du droit- les 150 millions d’euros levés par Doctolib, plateforme de RDV médicaux et de gestion de cabinets).

Qui sont les investisseurs ?

A près de 80% des business angels, fonds d’investissement ou banques, acteurs peu ou pas accessibles aux métiers du droit eux-mêmes, puisqu’ils doivent garder le contrôle de leur activité, ou quitter leur profession. Eux-mêmes sont bien moins investisseurs (à hauteur de 5% environ) dans les legaltech :

Cette répartition pourraient évoluer un peu, car les métiers du droit se saisissent du sujet de plus en plus souvent ; ainsi le réseau Eurojuris et l’Union Nationale des Huissiers de Justice (UNHJ) proposent-ils aux avocats et huissiers un investissement dans Legal Storm Invest, société d’investissement qui a lancé en février 2020 une augmentation de capital de 500 000 € pour créer des outils de type legaltech.

Qui sont ces startup ?

Globalement de petites structures encore, puisque 60% environ emploient moins de 6 personnes, contre 35% qui emploient plus de 10 salariés. 40 startup qui ont répondu à cette question réalisent moins d’un million de chiffre d’affaires (9 plus d’un million d’euros), et 72% ne s’adressent qu’au marché français.

Que proposent-elles au marché du droit ?
Deux catégorisations à vous indiquer ici, celle du baromètre et celle de l’observatoire du Village de la Justice, complémentaires :


Quelle dynamique de l’écosystème ?

Après les premières années de lancement de legaltech tout azimut, le rythme des créations de nouveaux acteurs s’est ralenti, preuve que les innovations réelles ne sont pas infinies et que le marché n’est pas si rapide que souhaité à offrir des opportunités :

Mais rien de grave et d’ailleurs à chaque instant peut surgir une nouvelle Legaltech à succès sur ce marché non verrouillé encore. Preuve en est, Rubypayeur lancée en janvier 2019 (recouvrement de créances) a levé seulement 1 an après 1 million d’euros.

En parallèle, quelques acteurs dit d’avenir commencent à disparaître, tel ejust par exemple, ce qui est normal dans tout secteur d’activité.

Elargissons la perspective en actualisant les chiffres.

Les "anciennes" Legaltech sont de plus en plus nombreuses à trouver des capitaux pour organiser leur croissance, comme easyQuorum qui a levé 500.000 € en janvier 2020, Avoloi (2,5 millions en février), Closd (600.000 € en mars 2020), Seraphin.legal (2 millions en avril 2020), après Call a Lawyer ou Case Law Analytics en 2019, et celles indiquées plus haut : les premières legaltech parviennent désormais à monter en puissance d’investissement (quelques-unes, rares, commencent à aborder les sujets de marchés internationaux).

Les acteurs traditionnels du droit sont aussi très actifs en innovations, mêlant lancement de nouveaux produits (rappelons par exemple que LexisNexis a été précurseur pour apporter la "justice quantitative" en Europe) ou investir dans tous les sens du terme : les groupes Wolters Kluwer, Lefebvre Sarrut et Septeo par exemple lancent de nouveaux produits, développent de nouvelles démarches d’innovation et investissent aussi dans des startups, telle Data Legal Drive pour Lefebvre Sarrut ou Predictice pour Wolters Kluwer. Le Groupe Septeo (marques Legal Suite, Secib, Genapi, azko...) a aussi acquis en avril 2020 l’un des précurseurs français de l’IA en analyse de contrats, SoftLaw.

Rappelons également que les acteurs dits "historiques" du droit ont eux une "surface financière" plus importante, ce qui permettra de mettre en perspective l’ampleur des levées de fonds : le chiffre d’affaires en produits électroniques des éditeurs juridiques en France est probablement au-delà de 500 millions € en 2019 [2], même si cela ne présage pas de leur capacité d’investissement.

Si l’on ajoute l’arrivée des acteurs publics de la Justice qui proposent à leur tour des "services numériques innovants [3], tout cela nous annonce un passionnant Village de la Legaltech 2020...

Notes :

[2Estimation personnelle basée notamment sur une réévaluation des chiffres issus de l’"Etude du marché de l’information juridique électronique" de Juriconnexion.

Christophe ALBERT
Village de la Justice

© infographies : Wolters Kluwer et Maddyness sauf indication contraire, © Village de la Justice.

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