Rédaction du Village de la Justice

 
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  • 1re Parution: février 2020

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Où en est la Legaltech en France ?

A quelques mois du prochain grand Village de la Legaltech - devenu les RDV des Transformations du droit (5ème édition), voici quelques éléments d’étape sur la santé des acteurs de la Legaltech.

Malgré la crise, la Legaltech conserve son potentiel, comme on peut le voir avec la belle levée de fonds de Leeway en mars 2021 (gestion de contrats pour les Directions juridiques) de 4,2 million d’euros ou celle de Data Legal Drive (2 millions d’euros pour son logiciel de mise en conformité au RGPD), mais aussi le lancement du projet de "filière juridique" qui a pour but de mieux faire cohabiter technologie et acteurs du droit et pourquoi pas de "lancer des licornes du droit" en France, selon les promoteurs de l’initiative...

Saisissons l’occasion qui nous est donnée de partager avec vous quelques éléments sur les acteurs de la Legaltech, avec la parution du Baromètre 2020 des LegalTechs françaises édité par Wolters Kluwer et Maddyness, une enquête réalisée sur la base d’un questionnaire retenant 83 Legaltech en France.

L’un des constats faits par l’étude à la fin 2019 était l’importance croissante des fonds levés chaque année par les startups du droit, 12,8 millions en 2017, 24,6 millions en 2018 et... 52,1 millions en 2019... Et encore ces chiffres étaient-ils partiels et sur la base de déclarations volontaires ; il manquait dans ce panel des acteurs de poids comme LegalPlace qui avait levé 6 millions ou Yousign pour 3,5 millions.

L’étude du millésime 2020, année de pandémie, paraît forcément un peu plus terne, et le montant des levées de fonds est en chute libre : 5% en volume (nombre de transactions) mais -66% en valeur ! Toujours selon l’étude, 17,8 millions d’euros ont été levés en 2020 par les start-ups de la legaltech versus 52,1 millions en 2019.

La Rédaction du Village avait malgré tout noté un bon début 2020 avec quelques belles levées de fonds : Legalvision Pro (spécialiste des formalités juridiques) a par exemple levé 3 millions d’euros, Seraphin 2 millions en avril 2020, Avoloi 2,5 millions en février 2020... Des dossiers qui avaient débutés en 2019, plutôt "dans l’euphorie".
Au final sur l’année 2020, l’enquête relève que 7 autres acteurs ont levé un montant supérieur ou égal à 1 million d’euros, pour un total de 14,3 millions :
- Unlatch (Legalife) 5,2 M
- reciTAL 3,5 M
- Quai des notaires 1,7 M
- Rubypayeur 1 M
- Juri’Predis 1 M
- FoxNot 1 M
- Demander Justice 1 M.

L’enquête s’est aussi penchée sur les conséquences de la pandémie et des confinements sur ses acteurs. Pour une majorité de legaltech (50,6 %), la crise sanitaire a eu un impact positif sur les services qu’elles proposent (nouvelles fonctionnalités, création de services spécifiques à la gestion de crise, etc)...
Mais à l’inverse l’impact est jugé négatif pour le chiffre d’affaires pour 59,3 % des startup, somme toute assez logiquement du fait de l’attentisme des trimestres 2 et 3 en France, avec un souhait de digitalisation qui en est sorti, mais pas suffisant pour rattraper le volume du marché... à court terme. Car on le sait l’année 2020 a pu être cruelle pour de nombreuses entreprises et activités "non essentielles", et au contraire opportunistes pour les services liés au moment (digitalisation des AG, visioconférences, signature électronique...).

Quelle dynamique de l’écosystème ?

Beaucoup moins de créations d’entreprises Legaltech en 2020 :

Attention chiffre à prendre "avec des pincettes" car il s’agit des legaltech qui ont répondu (83 pour rappel), les chiffres changent donc chaque année en fonction de l’échantillon ; trop bas pour être parfaitement représentatif sur ce critère.

L’internationalisation, la clé du développement ?

Si la majorité des legaltechs françaises ne s’adressent qu’au marché français (60,2 %), ce chiffre est en diminution par rapport à l’année précédente (-12%), et 20% environ des Legaltech envisagent d’exporter leur solution hors de l’hexagone.
Nous y reviendrons dans un très prochain article sur l’écosystème Legaltech.

Des stratégies qui changent...

Une part importante des start-ups de la legaltech a changé de modèle économique depuis leur création (44,6 %) et ont donc "pivoté" ; 40% dans ce cas sont celles qui ont levé des fonds.

Qui sont les investisseurs de ces 83 legaltech ?

Les investisseurs sont majoritairement des business angels, des fonds d’investissement ou des venture capitalists (VC) : 38,9 %. Un chiffre stable par rapport à la 3e édition du baromètre, où ils représentaient 36,8 % des investisseurs.

Qui sont ces startup ?

Globalement de petites structures encore, puisque 51% environ emploient moins de 6 personnes, contre 25% qui emploient entre 11 et 50 salariés.

Quel est le chiffre d’affaires de ces acteurs de la Legaltech ?

Plus de la moitié des legaltechs (58% qui ont répondu à cette question génèrent moins de 1 million d’euros de chiffre d’affaires :

Que proposent-elles au marché du droit ?

La digitalisation de processus métier fait un bon en avant dans les offres - nouvelles conditions de travail obligent ! Plateforme de gestion de projet partagée entre plusieurs acteurs, suivi corporate des sociétés, gestion des contrats, dataroom numérique... Tout cela correspondait à 19,1 % des services commercialisés en 2019, c’est 42,2% en 2020 :

On pourra consulter notre Observatoire des Legaltech pour détailler les pratiques du secteur.

Sur les sujets "Missions et responsabilités", l’enquête relève qu’une legaltech sur quatre a déclaré avoir initié une démarche RSE, mais notre propre enquête RSE montre une réalité tout autre ou disons plus nuancée...

Pour rappel en 2019...

L’enquête montrait une croissance remarquable, qui a fait envie aux professions règlementées qui n’ont pas encore réussi -sauf rares exceptions- à mobiliser les moyens financiers nécessaires à de nouveaux développements [1]. 19 startup ont levé des fonds en 2019 (un petit tiers du panel), avec parfois des montants élevés qui montrent que le droit peut séduire les financiers, comme ici avec 5 sociétés qui ont levé 71% des fonds en 2019 :

On notera que le leader accompagne les créateurs d’entreprises et TPE-PME dans leur quotidien juridique, sans disruption technologique a priori, mais que les deux suivants sont de vrais innovateurs, en matière de justice quantitative (certains diront prédictive) et d’intelligence artificielle. Curiosité ? Les deux levées importantes de fonds suivantes concernent le monde notarial. Les levées de fonds suivantes sont inférieures à 500.000€, et concentrées sur un petit nombre d’acteurs (57% des startup n’ont jamais levé de fonds).

Le baromètre 2019 donnait un autre indicateur, le montant total mobilisé depuis 2016, qui est de près de 100 millions d’euros ; la moitié a donc été levée... en un an, signe certain d’accélération, et de maturité si l’on ajoute à cela que 22% des startup ont déjà levé 2 ou 3 fois des fonds.

Notons que le montant maximum reste encore relativement modeste si on le compare à la plus importe levée de fonds toutes startups confondues en France en 2019 (205 millions pour la plateforme Meero qui vend des reportages photos pour les sites internet grand public essentiellement, et - plus intéressant car plus proche des professions règlementées du droit- les 150 millions d’euros levés par Doctolib, plateforme de RDV médicaux et de gestion de cabinets).

Elargissons la perspective en actualisant les chiffres.

Les "anciennes" Legaltech sont de plus en plus nombreuses à trouver des capitaux pour organiser leur croissance, comme easyQuorum qui a levé 500.000 € en janvier 2020, Avoloi (2,5 millions en février), Closd (600.000 € en mars 2020), Seraphin.legal (2 millions en avril 2020), après Call a Lawyer ou Case Law Analytics en 2019, et celles indiquées plus haut : les premières legaltech parviennent désormais à monter en puissance d’investissement (quelques-unes, rares, commencent à aborder les sujets de marchés internationaux).

Les acteurs traditionnels du droit sont aussi très actifs en innovations, mêlant lancement de nouveaux produits (rappelons par exemple que LexisNexis a été précurseur pour apporter la "justice quantitative" en Europe) ou investir dans tous les sens du terme : les groupes Wolters Kluwer, Lefebvre Sarrut et Septeo par exemple lancent de nouveaux produits, développent de nouvelles démarches d’innovation et investissent aussi dans des startups, telle Data Legal Drive pour Lefebvre Sarrut ou Predictice pour Wolters Kluwer. Le Groupe Septeo (marques Legal Suite, Secib, Genapi, azko...) a aussi acquis en avril 2020 l’un des précurseurs français de l’IA en analyse de contrats, SoftLaw.

Rappelons également que les acteurs dits "historiques" du droit ont eux une "surface financière" plus importante, ce qui permettra de mettre en perspective l’ampleur des levées de fonds : le chiffre d’affaires en produits électroniques des éditeurs juridiques en France est probablement au-delà de 500 millions € en 2019 [2], même si cela ne présage pas de leur capacité d’investissement.

Ajoutons l’arrivée des acteurs publics de la Justice qui proposent à leur tour des "services numériques innovants [3].

© source et infographies : Wolters Kluwer et Maddyness

Rédaction du Village de la Justice

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[2Estimation personnelle basée notamment sur une réévaluation des chiffres issus de l’"Etude du marché de l’information juridique électronique" de Juriconnexion.

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