Par Patrick Jacquemart, Médiateur.
 
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  • Parution : 24 novembre 2020

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Guide de lecture.
 

Dialogue en altérite au sein des mairies.

Expérience de vie d’un médiateur professionnel en mairie où l’écriture d’un partage avec vous, avocats, juristes et toutes les personnes socialement engagées ou en passe de l’être.
Quelques lignes, pour nous qui sommes concernés, en guise de témoin d’une volonté citoyenne à nous engager en altérité dans notre société.

Expérience de vie d’un médiateur professionnel en mairie où l’écriture d’un partage avec vous Avocats, avec vous Juristes et avec es les Personnes socialement engagées ou en passe l’être. Quelques lignes, pour nous qui sommes concernées, en guise de témoin d’une volonté citoyenne à nous engager en altérité dans notre société.

L’inimaginable discussion où le défi d’un dialogue en altérité dans une « zone défavorable » pour un référent Médiateur professionnel de mairie.

« Zone défavorable » dans la mesure où les personnes concernées par leurs conflits ne sont pas, de prime-abord, dans une réflexion philosophique et introspective.

Simplement, « les arbres du voisin dépassent sur ma propriété et les feuilles de ces arbres tombent sur ma pelouse » !

Caricature de ma démarche comme référent auprès de plusieurs mairies en tant que médiateur professionnel. Je sais bien qu’en ce moment, il ne faut pas plaisanter avec les caricatures mais cet exemple me plait.

Certes, peu de personnes sollicitant une médiation professionnelle imaginent le voyage intérieur auquel elles vont être confrontées. Pour certain(e)s même, vivre une médiation professionnelle est une véritable contrainte.

L’identité d’un référent relationnel.

Mais pour beaucoup au sein des communes, je suis « Le Médiateur », le moralisateur, l’homme de loi, le technicien, le confident, le paternaliste et celui qui va comprendre parfaitement que les feuilles qui tombent sur la pelouse sont une atteinte à la liberté de vivre en toute sérénité, je suis celui sur qui on peut compter.

Bien sûr, il y a les irréductibles avec qui rien n’est possible.

Nous passons allègrement par différentes postures, l’innocence, la victimisation, la véhémence, la compréhension, la stupéfaction, la bienveillance et bien d’autres. Les irréductibles dans la fuite dès qu’ils sentent que l’argumentaire mis en avant vacille vers une réflexion déstabilisante. Leur dernier recours est alors la rupture.

Bien sûr, point de médiation professionnelle en vue sur les feuilles luisantes posées sur la pelouse mais une conciliation teintée de médiation professionnelle. Les feuilles tombent de l’arbre qui cache la forêt. La forêt des non-dits, des suspicions, des prêts d’intentions, du besoin de reconnaissance, etc…

C’est alors que j’enfile ma tenue d’équilibriste, je suis sûr que certain(e)s m’imagent bien dans la tenue. Je dis équilibriste mais dans le cas présent plutôt élagueur manipulant tronçonneuse (petite) et sécateur avec l’instinct de médiateur professionnel. Pas facile d’aborder certains aspects de la problématique sans éveiller des soupçons et de la défiance en perturbant certains paradigmes. L’exercice peut basculer rapidement, du même coup dégrader mon image de médiateur et donc perdre en efficacité.

Une autorité de compétence plus qu’une autorité de fonction.

Je représente une autorité, je peux « régler » les problèmes et satisfaire à la demande de la personne qui m’a interpellé, j’inspire une confiance de statut.

Passé ce stade statutaire, j’inspire de la confiance du fait que je suis concerné dans ma démarche et non plus par mon autorité de fonction. Cette reconnaissance est bien sûr essentielle dans la mesure où la personne m’ayant sollicité n’a pas toujours gain de cause. En revanche, elle est dans la capacité à mieux analyser la situation. Chaque personne est impliquée dans sa commune alors au tant la concerner dans sa vie communale.

Du fait de mon approche, je ne pense pas déroger à mes postures d’impartialité et de neutralité (mais bon !). Je reconnais l’autre dans sa problématique mais également dans sa capacité de réflexion.

Face à de vives résistances de qualité relationnelle, je revêts, en toute conscience, la veste de conciliateur.

Je « prends » les choses en mains : Fait, conséquence, ressenti, « qu’elle est la situation aujourd’hui, qu’est-ce que cela génère, dans quel état d’esprit vous allez être si l’on va dans ce sens ou dans un autre ». Je propose des idées pour une possible solution, si besoin.

Une posture de distanciation hors jugement.

Je pourrais penser que les enjeux ne sont pas si importants que cela, du fait des « conflits » abordés pouvant parfois paraître dérisoires voire friser le ridicule. Effectivement, chacun pourrait rester, l’un avec les feuilles sur la pelouse et les branches non taillées, et l’autre avec les tas de feuilles envoyés épisodiquement par les airs (afin de nettoyer sa pelouse et exprimer sa colère), sans compter les lettres recommandées reçues.

Effectivement les feuilles ne tombent qu’une fois dans l’année alors pourquoi ne pas attendre le nouvel automne !

J’ai parlé d’enjeux mais en réalité, il n’y en a aucun dans la mesure où les médiateurs ne sont pas soumis à résultat. Certes, il faut un minimum d’actions positives afin que le maire puisse justifier de mon rôle et du paiement généré. Mais, si ma motivation n’était que financière, je me serais trompé de stratégie.
Aujourd’hui, par la publicité sur les journaux communaux et par le « bouche à oreille », je commence à développer des médiations professionnelles en entreprises et familiales.

Diversité des interventions.

Mais avant de revenir sur ma motivation, il est essentiel d’évoquer la diversité des actions menées ainsi que la curiosité et la richesse des réflexions générées. Du bornage de terrain litigieux aux allocations chômages qui ne sont plus versées, du bruit de la tondeuse à la location de maisons ruisselantes d’humidité, de la poubelle toujours posée systématiquement devant chez le voisin à l’accusation d’exhibition sexuelle, des insultes à la soumission devant l’administration, tant de problématiques contraignantes à un point qu’il arrive que certain(e)s subissent chaque jour qui passe.

Pas du tout de misérabilisme parce qu’il n’y a pas lieu, simplement une très courte énumération exhaustive des actions pour lesquelles je suis appelé et la mise en évidence d’une parole tellement mal utilisée et de silences inappropriés. Peut-être le reflet d’une société où la communication est basée sur un profit ?

Un potentiel aux multiples facettes.

Cette diversité m’aide à une remise en question permanente et à faire preuve d’imagination en continue. Il est vrai que je suis encore surpris par l’aptitude de certaines personnes à la résignation et à la victimisation ou à leur capacité à entretenir des conflits peut-être de peur de se retrouver face à elles-mêmes ? Et je suis également, toujours, étonné par leur capacité à saisir l’opportunité offerte au détour d’un échange alors que rien ne laissait entrevoir une telle réaction. Certains jours, ma démarche peut être pesante et j’aspirerais à vivre d’autres missions.

Cependant il y a toujours l’instant où jaillissent la gratification et la mise en valeur de mon engagement. Les 1 800 euros dus par une administration depuis des mois qui arrivent sur le compte bancaire d’une personne en galère, la réconciliation de personnes qui ne s’adressaient plus la parole depuis plus de 10 ans (indivision) et bien d’autres résolutions de problématiques dont certaines ont permis d’éviter des conséquences graves.

Un dispositif partagé.

Mon engagement passe par toutes ces missions au sein des différentes mairies. Je crois profondément contribuer à des changements comportementaux sociaux et sociétaux. Je pense également que certaines personnes perçoivent l’information différemment, abordent leurs soucis de « vie » autrement, et améliorent sans aucun doute leur quotidien.

Il m’arrive de raconter les histoires du « chasseur de singes » et de « la grenouille et du scorpion », les effets sont toujours surprenants. En l’espace de quelques phrases, le regard de mes auditeurs m’indique que leur situation conflictuelle a pris une autre dimension. Les a priori qu’ils pouvaient avoir dans leurs relations aux autres sont moindres et l’effort de communication est réel. Pourquoi avoir peur de la réaction de l’autre alors qu’il y a sûrement une solution en altérité possible.

Qu’est-ce que je risque à essayer ?

Aujourd’hui et bien souvent, je suis l’amorceur d’une possible résolution de conflit.
A un certain moment je comprends, ou on me fait comprendre que la fin de l’histoire ne me concerne plus.
Les protagonistes ont saisi qu’ils détenaient la solution au problème.
J’ai alors tenu mon rôle de médiateur professionnel.

Une confrontation à une multitude de questions.

Bien évidemment, ma démarche peut paraître laborieuse mais depuis combien de temps les personnes que je rencontre subissent-elles une information débilitante ?
Depuis combien de temps, la bienveillance et la tolérance encombrent-elles le monde de l’éducation ?
Depuis combien de temps, la religion est omniprésente dans le quotidien de chacun ?
Depuis combien de temps, la politique est bien souvent une aspiration au pouvoir ?

Et combien de barrières administratives ont été mises en place au fil des années ?
Alors qu’une idée semble bonne à la base, la pesanteur de l’organisation aboutit bien souvent à des actions contraignantes.

L’idée originelle s’estompe au fil des réflexions des personnes impliquées. La médiation initiale devient alors une conciliation.

Malgré tout, il y a quelques années, j’ai rencontré des maires à l’écoute d’un changement de communication et d’une approche différente du conflit. Aujourd’hui, par nos relations et mes résultats, il est possible d’envisager des actions de qualité relationnelle dans différents domaines au sein des municipalités.

Ma contribution à la qualité de vie en société.

Je ne peux pas évaluer la portée de mes actions dans les changements de paradigmes, mais je reste persuadé que l’idée « médiation professionnelle » s’émancipe au fil des rencontres des uns et des autres dans leur quotidien.

L’idée « médiation professionnelle » est une onde de choc relationnelle dont on n’imagine pas encore la portée réelle.

Au sein de « mes » communes, c’est la révolution « douce » d’une communication en altérité qui j’espère bousculera tôt ou tard les diktats d’une société en manque de liberté.

Patrick Jacquemart, médiateur
Médiateur judiciaire à la cour d’appel d’Agen
Médiateur référent auprès des Mairies de Saucats - Martillac - Cabanac et Villagrains en Gironde.

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