Accueil Management Stratégies et Organisations

Être écocitoyen au bureau, pour les pros du droit aussi...

Ce sujet vaste et à enjeu tant écologique qu’économique mérite que l’on y consacre un dossier. Constat, exemples et actions simples.

Nos consommations au bureau ne sont pas sans conséquences pour notre environnement. Nos choix et comportements peuvent réduire notre empreinte écologique... mais aussi notre approche globale, voire notre relation-clients !

Maître Thirel, avocat au barreau de Rouen et spécialisé dans les problématiques environnementales, témoigne de l’esprit de ses pratiques au sein de son cabinet : «  Il faut introduire une éthique nouvelle dans l’économie qui conduise à considérer désormais la performance de l’entreprise non plus sous le seul angle financier, mais également en fonction du respect des intérêts de la communauté et de l’environnement dans lesquels elle opère ».

Quelques chiffres pour commencer...

46% de la population active française travaille en bureau (13 millions).
Le bureau, c’est plus de 175 millions de m2 de bâtiments, qui consomment 275 kWhEP/m2/an, dont 56% pour le chauffage et 32% pour les usages spécifiques de l’électricité.

Le tertiaire produit une quantité de déchets imposante : exemple pour les déchets papiers, les français, au bureau, en produisent chaque année 900.000 tonnes !

Maître Thirel commente : « Durant les années 90, la perte nette de surfaces couvertes par la forêt à l’échelle mondiale a été de 64 millions d’hectares environ, si l’on n’agit pas, la consommation mondiale de papier pourrait croître de 40 % les dix prochaines années ». Un vrai sujet dans les métiers du droit, amateurs de papier s’il en est...

Nos déchets ?

Ils se composent essentiellement de papier, emballages, déchets d’équipements électriques et électroniques.

Le tertiaire représente 2,4 millions de tonnes déchets par an ! Dans la mesure du possible recyclons, réutilisons, trions, collectons, c’est déjà la base.

Un salarié du tertiaire consomme en moyenne 80 kg de papier par an (35% sont recyclées seulement). Maître Thirel confirme : « Un cabinet d’avocat est très « papivore ». Entre le dossier papier, les actes de procédures, les pièces communiquées en autant de copies que d’adversaires » (mais les notaires ou services juridiques ne sont pas en reste). Pour économiser sur ce poste, l’impression recto/verso est préconisée et en qualité brouillon, chaque fois que possible.

La responsabilité passe aussi par le choix du papier, pourquoi ne pas choisir directement du papier recyclé ? Chez Maître Thirel, « notre papier à en tête est sur papier recyclé et nous sommes rares dans la profession à le faire, mais cela vient. Il existe d’excellentes qualités de papier recyclé aujourd’hui... Il faut 20 fois moins d’arbres, cent fois moins d’eau et trois fois moins d’énergie pour fabriquer la même quantité de papier recyclé que du papier blanc ».

L’astuce de Maître Thirel : « Nous avons intensifié l’usage d’internet en correspondant principalement par mails. Nous sommes très loin du zéro papier. Pour des questions de preuve de notre travail, le papier reste un mal nécessaire », « nos assistantes doivent faire les corrections sur l’ordinateur avant impression définitive de nos documents ». 
Et pour les cartouches ? «  Notre cabinet utilise beaucoup de cartouches d’encre pour ses imprimantes. Elles sont naturellement recyclées ».

Nos déplacements.  

Nous parcourons chacun en moyenne par an l’équivalent de la distance Paris-New-Delhi (6600 km) pour nous rendre au travail. Ce qui représente l’émission de 1,4 tonnes de CO2 par personne.
Pour réduire ce poste, l’idée est de se rapprocher au maximum du lieu de travail. Par exemple, essayez de trouver un bureau à proximité du palais de justice ? Vous y gagnerez aussi en qualité de vie (temps de déplacements réduits).

Le co-voiturage des personnels est une excellente solution pour économiser, mutualiser les trajets permet non seulement de réduire les émissions de CO2 mais aussi de partager les frais d’essence/péage. Enfin, cette solution est intéressante dans le renforcement des liens entre les membres du cabinet. Me Thirel partage : « Même si l’on a toujours un peu de frein au changement, le développement durable est devenu un élément fédérateur de la culture d’entreprise de notre cabinet ». À essayer donc !

Notre conseil : La visioconférence est aussi un bon moyen pour échanger avec les clients et collaborateurs, quelques confères s’y sont déjà mis, l’économie en temps n’est pas négligeable. Plus d’infos ici.

L’astuce de Me Thirel : « nous faisons nos achats de préférence à proximité de notre cabinet ». 

Petit zoom sur la pause café.

Au regret de froisser les sociétés de distributeurs de café, le poids écologique et économique de ces machines est conséquent. Pratiques par leur utilisation, elles se révèlent en revanche génératrices de déchets en tous genres et inutiles, comme des gobelets plastiques, dosettes individuelles, couverts en plastique... en plus d’être consommatrices d’électricité toute la journée.
Rien ne vaut la cafetière commune, les mugs réutilisables et les grands conditionnements !

L’astuce de Me Thirel : « il faut privilégier l’achat de produits recyclés, valorisables après usage, comportant un minimum d’emballage et disposant d’un écolabel ».

Eco-responsabilité, un argument clé ?

Il est évident que dans un contexte de forte concurrence, l’argument de votre éco-responsabilité et d’une pratique réfléchie en la matière en est un plus et permet de se démarquer. Attention cependant à ne pas trop en user, le risque de greenwashing [[Greenwashing : Pratique consistant à "verdir" en apparence un discours, un produit ou une offre de services, sans vrai fond, et risquant de se retourner contre l’audacieux menteur...] est bien présent et de nombreuses entreprises en ont fait les frais. On se rappelle tous de la publicité EDF « changer d’énergie ensemble » : la publicité était plus chère que le budget R&D réellement consacré aux énergies renouvelables à l’époque !

Mais votre démarche peut être introduite dans une relation-client ou en réponse aux appels d’offres (votre politique "durable" sera de plus en plus demandée dans ceux-ci, autant y travailler et la consolider). Même s’il ne faut pas abuser de cet atout, une présence réelle sur vos documents de communication (site internet notamment) ne pourra que vous servir...

Pourquoi ne pas proposer une check-list d’actions mises en place ?

Ce document pourrait être interne et externe, à afficher dans votre salle d’attente par exemple : et oui, c’est autant un outil de management interne que de communication externe !

Par exemple :

  • mise en place d’une politique de recyclage des déchets,
  • réflexion sur les déplacements des membres du cabinet et leur impact,
  • mise en place d’une politique d’achat environnemental,
  • adoption d’un comportement écologique au bureau et formation des collaborateurs,
  • réflexion d’ensemble sur notre façon de travailler, au-delà même des gains environnementaux, pour optimiser les processus et prendre le temps d’évoluer positivement,
  • sensibilisation des visiteurs à la démarche de développement durable (informations à disposition dans la salle d’attente, mention en bas des mails invitant à ne pas imprimer...),
  • mise en place d’un challenge collectif écologique pour évaluer les rejets de CO2 dans le cabinet et les réduire (dans ce cas mettre en place des indicateurs).
    ...

« En un mot, du bon sens et des gestes simples » résume Maître Thirel. Son action "+" cette année consistera à investir dans un projet Action Carbone en lien avec l’association Good Planet de Yann Arthus Bertrand.

Et vous, vous faîtes quoi ? N’hésitez-pas à réagir ci-dessous.

Pour aller plus loin...

  • Des labels existants :

Recommandez-vous cet article ?

Donnez une note de 1 à 5 à cet article : L’avez-vous apprécié ?

28 votes

Vos commentaires

Commenter cet article
  • Dernière réponse : 23 septembre 2013 à 09:33
    Le 20 septembre 2013 à 18:20 , par RIPOSTE VERTE
    Être écocitoyen au bureau, pour les pros du droit aussi...

    Pour ne reprendre que le début de votre article, sachez que le taux de recyclage des papiers de bureau était de 20 % selon l’ADEME en 2010 et se trouve maintenant à 15 % selon EcoFolio (voir le RA 2012 http://www.ecofolio.fr/espace-presse/rapports-annuels)

    De plus quelle est votre source pour le tonnage total des déchets (2,4 M de tonnes) ? Merci d’avance.

    Cyril

    Association Riposte Verte

    • Le 23 septembre 2013 à 09:33 , par Clémence
      Être écocitoyen au bureau, pour les pros du droit aussi...

      Bonjour Cyril,

      Merci pour l’information.

      Pour répondre à votre question, la plupart des données de l’article ont été récupérées sur le Guide de l’Ademe "Être écocitoyen au bureau" édition avril 2012. En ce qui concerne ce chiffre précis (2,4 millions de tonnes de déchets), vous le retrouverez page 18 dans le guide :
      http://www2.ademe.fr/servlet/doc?id=63292&view=standard

      Clémence du Village de la Justice.

  • Le 22 septembre 2013 à 09:30 , par Patrice DUPONCHELLE
    Être écocitoyen au bureau, pour les pros du droit aussi...

    Un cabinet près du Palais de Justice vous avez parfaitement raison mon cher confrère cette idée ne semble pas en son temps avoir effleurée Mme DATI lorsqu’elle a réformé la carte judiciaire.
    Fermeture des tribunaux perte de temps pour justiciables et avocats mais aussi conséquences sur l’environnement des déplacements inutiles.