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Juristes et environnement au travail : un critère qui devient déterminant avec l’expérience.

Dans les conditions de travail, la question de l’environnement devient de plus en plus prégnante. Contribuant au bien-être des équipes, elle devient donc un enjeu managérial. Cette tendance serait accentuée par les jeunes générations et leur nouveau rapport au travail. Qu’en est-il réellement ? Un jeune juriste privilégie-t-il ce volet dans sa recherche d’emploi ? Pour nous éclairer, deux membres du Comité des jeunes juristes de l’AFJE ont accepté de nous répondre : Julie Fulminet (28 ans), qui occupe depuis trois ans un poste de juriste chez WFS, et Hanaé Desbordes (27 ans), juriste chez InterCloud depuis bientôt un an. Et il semble apparaître que si la prise de conscience est peut-être plus rapide que leurs aînés, c’est néanmoins l’expérience qui fait naitre ces nouvelles exigences.

De manière générale, comment envisagez-vous la question de l’environnement au travail ? Qu’est-ce que cela vous évoque, qu’est-ce que vous incluez dans ce domaine ?

Julie Fulminet : L’environnement au travail concerne d’abord l’ambiance dans l’entreprise : comment se passent les interactions au sein du service juridique, mais aussi avec les autres services ? Comment intervient-on dans tous les domaines de l’entreprise ? Doit-on moduler notre comportement par rapport à certaines personnes ou certains directeurs ? Quels sont les rapports à la hiérarchie ? Il y a également la question de savoir comment le service juridique et les juristes juniors sont perçus par la direction : a-t-on besoin d’être un peu plus « bruyants » pour être entendus ?
La flexibilité des horaires entre aussi en compte : les horaires sont-ils fixes, ou est-il préférable de ne pas trop les comptabiliser ? En tant que junior, travailler le plus possible permet de montrer que l’on est motivé, mais cela a évidemment un impact sur la vie personnelle. Le temps de transport est aussi primordial. Personnellement, je vis assez loin de mon travail, et mets près d’une heure et demie pour venir. Après presque trois ans dans la société, ce n’est pas toujours évident.

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Hanaé Desbordes

Hanaé Desbordes : La question de l’environnement au travail est effectivement une question très large. J’y inclus la configuration et l’aménagement des espaces de travail (bureaux et espaces de pause), les conditions de travail (transports, horaires, flexibilité), ainsi que l’ambiance au travail (état d’esprit, équipe et relations avec les collègues, management et rapport à la hiérarchie).

Est-ce que tous ces éléments ont été déterminants pour choisir votre premier emploi, ou est-ce que cela a été secondaire ?

Julie : Pour moi cela a été secondaire. En étant junior, malgré les diplômes et l’expérience, il s’est avéré compliqué de trouver un premier emploi, à cause des barrières classiques, comme le manque d’expérience. L’environnement au travail arrivait donc en second plan, car la priorité était de trouver un travail et de mettre le pied à l’étrier. Je voyais en premier lieu l’opportunité et la qualité du poste à pourvoir. En revanche, après trois ans d’expérience, cela devient d’une importance plus majeure.

« J’ai très rapidement pris conscience que l’environnement de travail a un impact considérable. » (Hanaé Desbordes)

Hanaé : Ces éléments ont aussi été tout à fait secondaires pour choisir mon premier emploi. J’y pensais, mais je ne me sentais absolument pas en position de les examiner. J’ai enchaîné plusieurs stages de six mois à la sortie du M2 et je souhaitais sortir du « carcan » du statut de stagiaire et vite trouver un CDD. Mais j’ai très rapidement pris conscience que l’environnement de travail a un impact considérable. Ces multiples éléments ont donc par la suite été déterminants dans mes recherches.

Si vous deviez changer de travail demain, qu’est-ce qui vous motiverait ou vous séduirait en terme d’environnement ?

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Julie Fulminet

Julie : L’accessibilité de l’entreprise devra être primordiale, car c’est vraiment le point noir dans mon poste actuel. Et je pense que l’environnement au sein même du département sera très important aussi. J’ai besoin de communiquer, de parler avec les collègues de mon service et comme ceux des autres départements avec lesquels on travail. Je ne souhaite pas être à un poste où les juristes sont dans des vases clos.

Hanaé : J’ai la chance d’évoluer dans une structure qui favorise les échanges - au sein du département et avec les équipes internes -, la prise d’initiative et l’autonomie. Ce sont des aspects de l’environnement de travail qui sont primordiaux pour moi, car ils me permettent de me sentir très impliquée et challengée. Dans l’éventualité d’un changement de poste, ce sont des éléments que je privilégierais. Par ailleurs, je pense aussi que l’accessibilité de l’entreprise est importante au quotidien.

Considérez-vous les systèmes d’organisation classiques, basés sur la hiérarchie, adaptés ? Ou aspireriez-vous à un modèle plus horizontal et collaboratif ?

« Le phénomène du juriste « isolé » doit être évité. » Julie Fulminet

Julie : Pour que les juristes juniors puissent acquérir l’expérience nécessaire, il faut qu’ils soient associés au monde de l’entreprise et à des dossiers plus intéressants, et non relégués à des tâches purement administratives. Mais tout en donnant des responsabilités à un junior, le phénomène du juriste « isolé » doit pour autant être évité. Il peut en effet être difficile de ne plus avoir un référent hiérarchique vers lequel se tourner et de se retrouver avec des responsabilités importantes lorsque l’on débute sa carrière. Il y a donc, à mon sens, un équilibre à trouver pour garantir une certaine autonomie, tout en bénéficiant d’un encadrement pour construire et consolider son expérience.

Hanaé : Au sein de l’équipe (de 3 personnes) à laquelle j’appartiens, mon responsable est Directeur Juridique et du Contrôle Interne, et est également en charge de la DSI. Il se montre disponible lorsque j’ai une question, mais est évidemment très occupé. Cette organisation favorise la montée en autonomie (même s’il n’est pas toujours facile d’avoir pleinement confiance en soi quand on est jeune juriste). A mon sens, il s’agit donc plus d’une philosophie, une façon de fonctionner. Les systèmes d’organisation descendants ne me semblent pas inadaptés si on laisse aux collaborateurs la possibilité d’être autonomes et forces de proposition. Selon moi, l’organisation peut être descendante et aussi fondée sur les échanges et la confiance.

Propos recueillis par Clarisse Andry
Rédaction du Village de la Justice

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