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Juristes, 4 étapes pour une expatriation réussie : 1ère étape.

S’il est assez tentant de réduire l’expatriation à une simple opération de bagages en soute et d’installation administrative, la réalité de cette expérience est toute autre et nécessite le développement d’une certaine stratégie afin d’en optimiser le succès.

Ayant moi-même subi (aussi malgré moi) les conséquences d’une première expatriation ratée, j’ai réalisé avec le temps et l’expérience que l’une des premières erreurs commises fut d’avoir envisagé ce projet comme une solution de ‘dépit’ face au marché du travail français ne m’offrant que très peu de possibilités d’insertion professionnelle dans le milieu juridique.

S’il est vrai que l’absence d’opportunités peut constituer une des raisons justifiant un départ (lorsque j’interroge les participants aux sessions Q&A que j’organise, c’est regrettablement le cas pour environ 50% d’entre eux), cela ne devrait jamais constituer le moteur de la décision, au risque de générer une frustration supplémentaire lorsque les démarches entreprises à l’étranger n’aboutissent pas.

En effet, s’installer dans un pays c’est souvent repartir de zéro (ou presque), appréhender une nouvelle culture et parler une autre langue, ne disposer d’aucun repères et avoir comme ami la solitude. C’est également un engagement financier, plus ou moins important selon les destinations.

En clair, c’est sortir de sa zone de confort, prendre des risques dont celui d’échouer.

S’expatrier est en revanche et heureusement un sentiment doux de curiosité, de découvertes plus ou moins surprenantes y compris sur soi-même, développer certains réflexes et évidemment la possibilité d’évoluer professionnellement à l’étranger.

Et si je vous disais qu’il était possible de rendre cette expérience encore plus agréable en optimisant vos chances de la réussir ?

Pour se faire, je recommande quatre étapes que je dévoilerai sous différents articles.

Celui-ci constitue le premier de la saga et soulignera l’importance de l’art, la manière et le timing à prendre en compte préalablement à tout projet d’expatriation.

Étape 1 – Déterminer les modalités de départ : savoir quand et comment s’expatrier.

S’expatrier oui mais pas n’importe comment, ce projet doit répondre à un (ou plusieurs) objectif(s) et nécessite en tout premier lieu un plan d’action et une date de départ adaptée à votre situation.

Comment partir – définir un plan d’actions.

Le mien fut de partir dans le cadre d’un stage juridique (qui s’est plus tard avéré être une arnaque, pour mon article relatant mon parcours tumultueux c’est ici) dont les objectifs étaient les suivants : développer mon niveau d’anglais et mon expérience juridique à Londres.

ll n’est pas nécessaire non plus d’avoir un tableau croisé dynamique, simplement un objectif et envisager les moyens à mettre en œuvre pour l’atteindre. Qu’il s’agisse pour vous de développer votre maitrise d’une langue étrangère ou trouver un emploi, cette étape est capitale car elle va vous permettre d’éviter de vous disperser ou générer de la frustration. Partir sans plan c’est prendre un risque supplémentaire de rater votre expérience à l’étranger, ce qui serait somme toute dommage car échouer peut conduire au renoncement parfois définitif à toute nouvelle tentative.

Avoir un plan c’est aussi mieux anticiper vos besoins (notamment financiers), réfléchir à un plan B dans l’hypothèse où le plan A tournerai au fiasco. Mon erreur fut évidemment de ne pas avoir anticipé que le stage juridique soit une arnaque, j’ai donc dû développer un plan B sur le tas qui fut en toute honnêteté de faire faire face à mes charges financières via un travail alimentaire pour à tout le moins, améliorer mon niveau d’anglais.

Quand partir ? Définir le bon timing.

La réponse découlera naturellement de votre plan tel que précédemment évoqué. Partir dans l’hypothèse d’un apprentissage/développement linguistique ou pour trouver un emploi qualifié sont deux objectifs totalement différents et qui de facto auront un impact sur cette définition du ‘bon moment’.

Le bon moment prendra généralement en compte les critères suivants :

Le bagage linguistique minimum.

Si votre projet consiste à apprendre l’anglais, le plan en résultant sera souvent d’aller étudier la langue dans le pays d’accueil et/ou aller travailler dans des secteurs ne nécessitant pas une maitrise opérationnelle de la langue en question. Vous pouvez donc être tolérant sur ce critère car l’essence même de votre projet et de développer ce bagage linguistique minimum.

En revanche et si on prend l’exemple des pays anglophones, imaginer développer une carrière dans ces pays sans maitriser un tant soit peu l’anglais, c’est tout simplement faire preuve au mieux d’un optimisme sans précédent, au pire repartir aussi vite qu’être venu. Loin de moi l’idée de venir contredire mon article précédent quant à la non-nécessité d’être bilingue, mais il est tout de même nécessaire d’avoir un anglais opérationnel, mobilisable, être en mesure de tenir une conversation dans un contexte professionnel, communiquer et comprendre son interlocuteur si l’on souhaite avoir des chances raisonnables de décrocher un emploi.

Dans l’hypothèse donc où la maitrise de la langue de Shakespeare n’est toujours pas au rendez-vous et que vous souhaitez développer une carrière dans un pays anglophone, il est recommandé soit de partir en premier lieu dans une logique de développement linguistique ou repousser son départ jusqu’à atteindre une maitrise décente de la langue.

Tout comme certaines personnes gagnent au loto, il existe peut-être une possibilité de trouver l’opportunité Licorne, celle consistant à travailler dans un pays anglophone pour une entreprise francophone et dans laquelle seule la maitrise du français serait nécessaire… En toute franchise, jouez plutôt au Loto (aussi et si vous gagnez sachez je ne refuserai nullement une partie du gain !)

Le bagage professionnel minimum.

Si votre projet consiste à développer une carrière dans le pays d’accueil, outre la maitrise opérationnelle de la langue, un diplôme sur format A4, aussi prestigieux soit-il ne sera probablement pas suffisant à moins d’être accompagné d’expériences significatives. Par expérience, je ne fais évidemment pas uniquement référence au CDI Saint Graal que bon nombre d’entre nous peinent à obtenir en sortie d’études mais plutôt de ce cumul parfois frustrant d’expériences « précaires » dont les stages qui, pour le coup, pourraient vous servir de levier non négligeable dans votre projet d’expatriation.

Par exemple, si l’on se penche un instant sur la formation des professionnels du droit au Royaume-Uni, elle est majoritairement composée d’expériences ( le ‘training contract’ des solicitors est souvent constitué de deux ans d’expériences professionnelles, les formations dispensées par la CILEx Law School ou certaines formations proposées par les universités se déroulent également sous un format d’apprentissage).

Les recruteurs ont dès lors développé une certaine attente des candidats quant à un niveau d’expérience acceptable. Un cumul de 18 mois à 2 années d’expériences via le système universitaire français (qui le permet par ailleurs aisément) me parait être un bon point de départ.

Si l’on résume cette étape en quelques points, je vous recommanderai ainsi, préalablement à tout projet d’expatriation de :

Définir un plan d’action consistant en :

  • la définition d’un (ou plusieurs) objectifs ;
  • l’élaboration de moyens à mettre en œuvre ;
  • l’anticipation des besoins nécessaires à mener votre projet sereinement ;
  • la préparation d’une solution de repli en cas de scénario catastrophe ;
  • la définition d’un point de départ prenant en considération les objectifs visés par l’expatriation au regard notamment de votre situation actuelle.

A ne pas reproduire chez vous.

Partir sans objectif prédéfini et avec les moyens du bord. Si des villes comme Londres offrent la possibilité aux plus téméraires de s’en sortir, ce n’est probablement pas le cas de toutes les destinations d’où l’importance à mon sens de mûrir son projet au préalable. Cela ne coûte finalement pas grand chose, simplement de la préparation et des recherches sur la destination convoitée.

Mise en pratique de ces enseignements pour les juristes.

La définition d’un (ou plusieurs) objectifs.

Re/développer la langue anglaise pour ensuite développer une carrière juridique dans un pays anglosaxon.

L’élaboration de moyens à mettre en œuvre.

1. Le développement linguistique.

Proposition de pistes :

  • Développer la langue anglaise en fonction du niveau initial par le biais de cours d’anglais (pour les débutants dans la langue) et/ou LLM (pour les niveaux intermédiaires).
  • Développer la langue anglaise par le biais d’une immersion en pays anglophone pour une durée de minimum six mois (PVT, départ dans un pays de l’Union Européenne, Visa J-1 pour les Etats-Unis puis poursuivre sur un LLM ou un emploi dont l’environnement est propice à la maitrise de l’anglais des affaires).

2. Le développement professionnel.

Proposition de pistes :

  • Optimiser l’obtention d’expériences juridiques dans son pays d’origine préalablement au départ (via des stages notamment).
  • Effectuer des expériences juridiques dans le pays d’accueil par le biais de stages (souvent décrits par internship, work experience, placement), bénévolat dans des associations (Amnesty International au UK recrute parfois des bénévoles pour venir en aide à leur département juridique), postes dans le domaine juridique (paralegal, legal administrator…).

L’anticipation des besoins nécessaires à mener le projet sereinement .

Assurer une sécurité financière prenant en compte le cout de la vie dans le pays d’accueil et la durée de l’expérience , éviter de se reposer sur des hypothèses trop optimistes (comme trouver un emploi dans le pays accueil qui suffirait à lui seul à garantir une sécurité financière)

La préparation d’une solution de repli en cas de scénario catastrophe.

En cas d’impossibilité de trouver un emploi juridique, considérer les work experience non rémunérées et opportunités de bénévolat, emploi faciles d’accès et se préparer financièrement à cette hypothèse.

La définition d’un point de départ prenant en considération les objectifs visés par l’expatriation au regard notamment de votre situation actuelle.

Exemple : Considérer le niveau de maitrise de la langue au moment du départ et identifier le moment opportun pour le départ.

  • Pour un juriste ayant une maitrise élémentaire de l’anglais : Une école d’anglais le temps de quelques mois serait opportun soit dans le pays d’origine préalablement au départ ou dès l’arrivée dans le pays d’accueil (par exemple au UK – le programme ESOL permet des cours d’anglais à temps partiel adapté au niveau des élèves).
  • En cas de maitrise plus intermédiaire : Un départ à court terme mais maitrisé dans le cadre d’un LLM ou l’immersion professionnelle seraient plus envisageables ou des cours d’anglais adaptés au niveau le temps de développer une meilleure fluidité.
  • En cas de maitrise courante. Une introduction dans le marche de l’emploi serait envisageable à court terme et le moment opportun pour partir dépendra davantage d’autres facteurs.

La seconde étape à découvrir ici !

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