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Les directions juridiques, créatrices de liens entre les universités et le monde de l’entreprise.

Créé en 2014 à l’initiative de TF1, Lagardère Active, Microsoft, et Orange, le Prix Juridique Média et Internet récompense les mémoires d’étudiants en Master 2 dans le domaine du droit des médias et d’Internet. Avec un axe novateur : ces travaux de recherche doivent présenter un intérêt pour le monde de l’entreprise, et répondre à des problématiques qu’il rencontre, dans une matière en perpétuelle évolution.
Disney France, qui a rejoint les sociétés partenaires, était en charge de l’organisation pour cette édition 2018. La remise des prix de cette 5ème édition a eu lieu de 23 janvier 2019 dans leurs locaux parisiens.

Sébastien Frapier, directeur juridique du Groupe TF1, et Julie Delormeau, directrice juridique du pôle Contenus-Information, ont accepté de nous parler de leurs actions visant à établir des passerelles entre ces deux mondes, et des bénéfices que chacun en retire.

Clarisse Andry : Quelles sont les origines du Prix juridique Média et Internet que vous co-organisez ?

Sébastien Frapier et Julie Delormeau : Notre réflexion a commencé en 2013. Notre direction juridique a toujours été assez proche des universités, et avec ce prix, nous voulions poursuivre plusieurs objectifs. D’abord, avoir la possibilité de déceler les nouveaux talents dans les masters spécialisés, car nous recrutons en moyenne entre 6 et 8 jeunes collaborateurs par an, pour une équipe d’environ 70 juristes. Notre matière, qui évolue très rapidement tant sur le plan technologique que réglementaire, nous a conduit à nous rapprocher du monde universitaire afin de bénéficier du savoir des étudiants et de l’apport académique du corps professoral. Nous souhaitions également que nos juristes puissent rester immerger dans la théorie du droit, et gardent une appétence à la formation juridique ; c’est aussi un vrai moyen de motiver nos équipes et de leur permettre d’échanger avec d’autres professionnels. C’était enfin l’opportunité de faire connaitre le métier et le rôle de juriste d’entreprise, non seulement auprès des étudiants, mais aussi en interne.

« Nous souhaitions que nos juristes puissent rester immerger dans la théorie du droit. »

Une fois que nous avons imaginé le concept de ce Prix, nous sommes allés à la rencontre de directions juridiques qui pourraient être intéressées par ce projet – à l’origine Yahoo, Microsoft et Lagardère. La taille des structures juridiques doit être suffisamment importante, pour pouvoir lire, juger et débattre des nombreux mémoires que nous recevons.

Chaque année c’est une entreprise qui prend en charge l’animation du Prix, et nous sommes très heureux que le Groupe Disney ait accepté de le promouvoir à nouveau cette année.

Nous sommes également en train de nous interroger sur son ouverture à l’international, notamment dans des universités francophones, que ce soit en Europe mais aussi au Canada, en Afrique du Nord ou en Afrique subsaharienne. Cela représenterait beaucoup d’investissement, mais pourrait aussi donner à notre Prix un rayonnement plus fort.

Quels bénéfices votre direction juridique retire-t-elle de l’organisation d’un tel partenariat avec les universités ?

La relation avec les universités est devenue très différente grâce aux rapports beaucoup plus ouverts que nous entretenons aujourd’hui avec les professeurs. Nous participons -à notre manière- à l’évolution de l’université. Le fait pour les étudiants de travailler plus régulièrement sur des problématiques d’entreprise que sur des questions purement théoriques, changent leur regard sur notre métier de juriste d’entreprise. Cela permet également d’orienter la doctrine juridique sur des questions plus économiques du droit. On constate alors que les universitaires cherchent à orienter leur mémoire face à une certaine attente de l’entreprise et du prix. Et l’apport des mémoires que nous recevons est extrêmement intéressant. Ce sont des consultations grandeur nature, sur des thèmes d’actualité, largement étayés de cas pratiques (souvent dans la continuité de leurs stages en entreprise ou en cabinet). C’est finalement une gestion du savoir qui est extrêmement utile pour l’entreprise. Et les juristes au sein de nos équipes prennent un vrai plaisir chaque année à challenger les étudiants.

Pourquoi est-il intéressant pour les juristes d’entreprises de « se réimmerger dans la théorie du droit » ?

Je vais vous donner un exemple. Dans notre métier, et avec l’explosion du digital, nous avons été très impactés par les adblockers. Et assez naturellement, nous nous sommes interrogés sur la façon dont nous pouvions accompagner cette évolution des pratiques. Et il s’est avéré que l’un des lauréats du prix avait fait une recherche très approfondie sur les adblockers.

« Nous accompagnons l’université en l’ouvrant au monde de l’entreprise. »

C’est une illustration de notre prix : sans orienter les recherches, nous parlons de nos attentes et nos problématiques du moment aux professeurs, des grands enjeux juridiques de nos métiers, et assez naturellement ils vont orienter la recherche sur ce type de sujets. Au travers de ce travail de recherche, et du débat qui va s’instaurer entre nos juristes et les étudiants, nous allons évidemment améliorer notre réflexion et notre stratégie. La recherche universitaire adopte une approche plus économique, et nous accompagnons l’université en l’ouvrant au monde de l’entreprise de manière plus efficace et plus pratique. Il s’agit d’appliquer leur savoir au fonctionnement de l’entreprise. Ce type de partenariats est très développé avec les écoles d’ingénieurs et les écoles de commerce, mais peu avec les universités, alors que c’est absolument essentiel.

Un autre volet qui nous semble important est celui de la transmission. Contrairement à l’avocat, le juriste d’entreprise est présent en interne. Il est dans le business, il sait comment cela fonctionne. Les problématiques sont donc différentes, et ils ont une connaissance plus profonde des enjeux de l’entreprise. Nous voulons donc apprendre aux étudiants ce que sont les métiers et l’expertise de juristes d’entreprise, mais aussi ce qui constitue une progression, ce qui fait que l’on va apporter des choses différentes à nos opérationnels. Aujourd’hui nous pouvons répondre aux nouveaux besoins et aux transformations rapides du secteur, à la fois par notre expertise et notre savoir, et avec la force que nous avons d’aller chercher à travers la jeunesse, à travers la formation.

Participer à un tel projet vous rend-il aussi plus attractif après des étudiants et des jeunes juristes ?

Il est en effet très important de communiquer auprès des étudiants sur la filière des juristes d’entreprise, afin de démontrer qu’elle présente des opportunités de carrière réelles, à la fois dans le droit et dans le management. Même si les choses ont progressé, notamment grâce au travail de l’AFJE et du Cercle Montesquieu, il y a encore beaucoup d’étudiants qui s’orientent vers la profession d’avocat plutôt que celle de juriste d’entreprise, ce qui est toujours un petit peu une source d’étonnement quand on connait la situation des avocats aujourd’hui, avec une pression concurrentielle extrême, et des difficultés de carrière réelles. Les méthodes de travail sont également très différentes, puisque les juristes travaillent plus en collaboratif. Au sein de nos équipes juridiques, nous travaillons en binôme avec de jeunes juristes, et nous les intégrons à nos groupes de travail, afin de bénéficier de leur vision, et d’une certaine fraicheur. C’est d’autant plus important dans notre secteur, qui connait un mouvement rapide d’évolution, et nous avons besoin de ces profils un peu plus geek, mais toujours orientés droit.

« Il est très important de communiquer auprès des étudiants sur la filière des juristes d’entreprise. »

En plus des opportunités que nous offrent le prix, nous allons également dans les universités pour expliquer ce qu’est réellement le métier de juriste, nous avons également des contrats d’alternance avec certains masters, et nous accueillons chaque année dans nos locaux trois à quatre masters durant une journée ou une demi-journée. Cela nous permet de rencontrer l’ensemble des étudiants, de leur présenter l’activité de l’entreprise, de les faire travailler sur un cas concret, et de débattre avec eux sur ce qu’est la fonction de juriste d’entreprise.

Cette année, deux lauréates ont été récompensées : Azéline Boucher (Université Paris V - Renée Descartes) pour son mémoire sur « La photographie du territoire entre données personnelles et données publiques » ; et Léa Chevalier (Université Paris X Nanterre) pour ses travaux concernaux « La création artistique générée par traitement algorithmique, une œuvre comme les autres ? ».

Deux mentions spéciales ont également été attribuées, à Charlotte Muro (Université Poitiers) pour son mémoire sur « Les moyens juridiques de protection des agents conversationnels des utilisateurs », et à Vincent Le Nen (Université Montpellier) qui a rédigé son mémoire sur « Le contrat de préférence en édition musicale ».

Propos recueillis par Clarisse Andry
Rédaction du Village de la Justice

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