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Tour du Monde de la Legaltech, cinquième escale : l’Allemagne.

Cet été, la rédaction du Village de la justice a décidé de partir en voyage en vous emmenant dans ses bagages, avec pour toile de fond l’un de ses sujets fétiches : les Legaltech !
En attendant le 3ème Village de la Legaltech en France, allons voir si l’herbe est plus verte ailleurs, et surtout si les problématiques dans l’Hexagone sont transposables en dehors de ses frontières ou si nous pouvons tirer quelques enseignements "d’ailleurs"...
Après nos riches rencontres aux États-Unis, en Afrique, en Espagne et tout récemment en Chine, Markus Hartung nous parle des legaltech en Allemagne.
(NDLR : Vous trouverez les réponses originales en anglais, et la traduction de celles-ci en français assurée par nos soins.)

Village de la justice : Quelle comparaison pouvez-vous établir, quels points communs, et sur quelles innovations le marché allemand se détache-t-il du français ?

Markus Hartung : "It is hard to say whether Germany is further developed than France, or vice-versa. In any case, the approach of the Paris Bar to found their Incubateur is something unheard of in Germany. The German Federal Bar (and the Regional Bars who act as regulators) do not support Legal Tech. Sometimes one could think they are against it. Hence, many startups get in conflict with the Bars due to alleged unauthorized practice of law. 

Il est difficile de dire lequel des deux pays est le plus développé sur le plan des legaltech. En tout cas l’approche du Barreau de Paris consistant à fonder son propre incubateur n’existe pas en Allemagne. Ni le Barreau fédéral national ni les barreaux régionaux ne soutiennent les legaltech. On pourrait presque penser qu’ils sont contre. Par conséquent, beaucoup de startups sont en conflit avec les barreaux en raison d’une pratique présumée non autorisée de la loi.

L’Allemagne compte plusieurs legaltech, dont des startups déjà bien établies, et des grosses plateformes, mais ce n’est pas encore assez étant donné la taille de notre économie.

Notwithstanding that, Germany is home to some pretty established startups (like Flightright) and 3 major platforms/marketplaces (123recht.net, anwalt.de, advocado.de). At the moment a consolidation takes place and anwalt.de has taken over three smaller marketplaces. As with marketplaces, a „winner takes all“ approach takes place, I would expect further consolidation. 

Cela étant, l’Allemagne accueille quelques jolies startups déjà bien établies (comme Flightright), et trois grosses plateformes (123recht.net, anwalt.de, advocado.de). Actuellement, Anwalt.de a repris trois petites plateformes en vue d’un regroupement. C’est une approche « winner takes all » qui se met en place, et je m’attends à de plus larges regroupements.

Markus Hartung est avocat, et dirige par ailleurs le "Bucerius Center on the Legal profession" à la Faculté de droit Bucérius de Hambourg, un think tank pour les marchés du droit en Europe et ailleurs [1]. Ses recherches portent sur le développement et les tendances du marché, la gestion et le leadership stratégique, ainsi que sur la gouvernance d’entreprise des cabinets d’avocats, et les exigences juridiques des différents marchés juridiques. Il a par ailleurs co-édité le livre « Legal tech, la digitalisation du marché du droit », dont l’édition internationale est attendue pour l’automne, et qui aborde notamment l’Espagne, la France, les Pays-Bas, l’Australie, la Chine, le Royaume-uni et les USA.

Finally, Germany has Leverton (Real Estate Document Review), some more AI-companies in the making and three cool editors/document automation tools : Lawlift, Ryter and Smashdocs. 
So - not too bad, but given the size of our economy, not good enough. 

Enfin, l’Allemagne compte Leverton (documentation immobilière), quelques sociétés travaillant sur l’intelligence artificielle en cours de développement, et trois jeunes éditeurs d’outils d’automatisation : Lawlift, Ryter and Smashdocs. 

Pas si mal donc, mais encore pas assez étant donné la taille de notre économie."

"En France, même si cela tend à s’améliorer, il existe une certaine méfiance des professionnels du droit, notamment des avocats, vis à vis de la legaltech. Cette opposition et ces débats ont-ils également lieu en Allemagne ?"

"See above - the Regional Bars are basically against Legal Tech. The German Bar Association (Deutscher Anwaltverein) takes a more positive and open view - but the Bar Association is not the regulator. 

As regards lawyers, 44% take the view that Legal Tech is only good for the competition (by means of Alternative Service Providers). The stratification of the market will further continue. Coalface lawyers will lose out in the medium to long term. 

"Ni le Barreau fédéral national, ni les barreaux régionaux ne soutiennent les legaltech."

Comme dit précédemment, les barreaux régionaux sont globalement contre les legaltech. La fédération des barreaux a en revanche un point de vue plus positif, mais elle n’est pas le régulateur, contrairement aux barreaux régionaux.

Quant aux avocats, 44% pensent que les legaltech sont seulement bonnes pour la concurrence (en tant que "fournisseurs de service alternatif"). La stratification du marché va se poursuivre et les avocats sur le terrain seront perdants à moyen et long terme."

Les grands rendez-vous de la Legaltech en Allemagne indiqués par Markus Hartung :

Prochaine étape de notre Tour du monde : la Belgique avec Herik de Herdt !

Propos recueillis par Nathalie Hantz,
Rédaction du Village de la justice.

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Notes :

[1La conférence d’automne du Bucerius Center notamment est un évènement important pour les professions du droit.

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