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Tour du Monde de la Legaltech, septième escale : la Russie.

Cet été, la rédaction du Village de la justice a décidé de partir en voyage en vous emmenant dans ses bagages, avec pour toile de fond l’un de ses sujets fétiches : les Legaltech !
En attendant le 3ème Village de la Legaltech en France, allons voir si l’herbe est plus verte ailleurs, et surtout si les problématiques dans l’Hexagone sont transposables en dehors de ses frontières ou si nous pouvons tirer quelques enseignements "d’ailleurs"...
Notre nouvelle escale est un État fédéral, doté d’un territoire immense et transcontinental : Holger Zscheyge nous emmène avec lui pour découvrir la Legaltech en Russie [1].
(NDLR : Vous trouverez les réponses originales en anglais, et la traduction de celles-ci en français assurée par nos soins.)

Village de la justice : Quelle comparaison pouvez-vous établir, quels points communs, et sur quelles innovations le marché russe se détache-t-il du français ?

Holger Zscheyge : "Although in terms of size of the legal market France and Russia are different, I see several similarities : a complex legislation, rather conservative legal professionals and administrative influence of the state. This makes access to justice and legal advice difficult for the general public and small and medium enterprises. Legal Tech can be a solution in this situation. So the boom for legal tech startups started approximately at the same time in France and Russia – 5-6 years ago. Today, the market in Russia is very dynamic, with over 150 legal tech solutions available. Legal Tech became part of Russia’s “Digital Economy” development program last year, so the government explicitly supports initiatives in this area. Partly by opening up access to data owned by the government (Russia already has one of the most sophisticated systems of access to commercial court data).

By the way, France’s Wonder.Legal is the first (and so far only) foreign legal tech startup that operates in Russia. And last year one of Russia’s leading legal tech companies – Pravo.ru – entered the French market with its Case.One practice management system. So there are already connections between those two markets."

"Bien qu’en terme de taille les marchés français et russe soient différents, je vois cependant plusieurs similarités entre eux : une législation complexe, des professionnels du droit plutôt « conservateurs » et une influence de l’État sur le plan administratif. L’ensemble rend difficile l’accès au droit et aux conseils juridiques pour le grand public et les petites entreprises. Les legaltech peuvent être une solution à ce problème.

L’essor des legaltech a commencé à peu près en même temps en France et en Russie, il y a 5-6 ans. A l’heure actuelle le marché russe est très dynamique, et compte environ 150 types de legaltech disponibles.

Holger Zscheyge a travaillé pendant 20 ans dans le secteur de l’édition légale, d’abord comme Directeur général chez Wolters Kluwer puis chez C.H Beck, et depuis 2009 au sein de sa propre société de publication, Infotropic Media. En 2016, il a participé à l’organisation de la première conférence en Russie sur les legaltech, « Moscou Legaltech ». Il revendique d’avoir pour objectif "de propager les legaltech comme un instrument pour rendre le travail des juristes plus efficace et intéressant, et pour permettre un accès au droit plus abordable".

D’ailleurs, la société française Wonder Legal est la première (et la seule) legaltech étrangère qui fonctionne en Russie. L’année dernière, un des leaders des legaltech russes (Pravo.RU) a intégré le marché français. Il y a donc déjà des connections entre les deux marchés.

Le gouvernement supporte officiellement les innovations dans ce domaine.

La Legaltech a par ailleurs été intégrée au programme de développement économique de l’économie digitale de la Russie, donc le gouvernement supporte officiellement les innovations dans ce domaine, notamment en ouvrant l’accès aux données qu’il détient (la Russie a d’ores et déjà un des systèmes les plus sophistiqués d’accès aux données des tribunaux commerciaux.)

En France, même si cela tend à s’améliorer, il existe une certaine méfiance des professionnels du droit, notamment des avocats, vis-à-vis de la legaltech. Cette opposition et ces débats ont-ils également lieu en Russie ?

"In Russia, you do not have to be a member of the bar in order to practise law. So the influence of the Federal Bar Association is limited to their members (73.542 lawyers as of 2017). The Federal Bar Association started to open up to legal tech by organizing events and publishing articles to spread the word. But it is still far behind the Paris Bar with their legal tech incubator. In general, Russian legal professionals are still hesitant towards legal tech. The most advanced are corporate lawyers, being under pressure to become more efficient. Some legal departments have automated more than 80% of their workflow. To get an impression about the changes – when we first surveyed legal departments about their use of technology together with PwC Russia in 2015, 70% of the departments used only MS Office. In 2018, this number is down to 15%.

But the attitude at law firms starts to change as well. At least some managing partners start to understand that they need to become active now. The problem is that they don’t know where to start. But this will hopefully change, with more information and training becoming available.

Law schools started to realize that they have to be part of the legal tech movement. Some law faculties at Moscow universities implemented courses with elements of legal tech, although only a couple of academic hours. The law faculty of the Kazan Federal University is working on the first 36-hour course specifically on legal tech for their students. This course might become a reference course for other law schools as well."

"En Russie, il n’est pas obligatoire de faire partie d’un barreau pour être un praticien du droit. Donc l’influence de l’association du barreau fédéral est limitée à ses membres (environ 73.000 avocats en 2017).

Le barreau fédéral a par ailleurs commencé à s’ouvrir aux legaltech en organisant des événements et en publiant des articles sur le sujet. Mais on est encore loin de l’incubateur du Barreau de Paris.

D’abord hésitants, les professionnels du droit commencent à comprendre qu’ils doivent devenir actifs mais ne savent pas par où commencer.

Les professionnels du droit russes sont globalement encore assez hésitants au sujet des legaltech. Les plus avancés dans ce domaine sont les avocats de société, qui ont la pression pour devenir plus efficaces. Certains services juridiques ont automatisé plus de 80% de leur flux de travail. Pour vous donner une idée des changements récents : lorsque nous avons réalisé un sondage auprès des services juridiques en 2015 (en association avec PwC Russia) quant à leur utilisation des technologies, 70 % des services utilisaient uniquement MS Office. En 2018, ce chiffre a baissé de 15%.

Mais l’attitude des cabinets d’avocats a également commencé à changer. Tout du moins certains associés commencent à comprendre qu’il est nécessaire de devenir actif maintenant. Le problème c’est qu’ils ne savent pas par où commencer. Mais avec un peu d’espoir cela va changer, grâce aux informations et aux formations qui deviennent disponibles.

Enfin, les écoles de droit réalisent qu’elles doivent faire partie du mouvement de la legaltech. Certaines facultés de droit dans les universités de Moscou ont mis en place des cours intégrant des aspects de la legaltech, même si ce ne sont que quelques heures. La faculté de droit de Kazan travaille actuellement sur la première formation d’une durée de 36 heures consacrée spécifiquement aux legaltech pour ses étudiants. Cette formation va sûrement devenir une référence pour les autres écoles de droit."

Les grands rendez-vous de la Legaltech en Russie indiqués par Holger Zscheyge :

La semaine prochaine, dernière escale...

Propos recueillis par Nathalie Hantz
Rédaction du Village de la justice.

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Notes :

[1Nos précédentes escales : États-Unis, Afrique, Espagne, Chine, Allemagne et Belgique.

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