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Innovations et technologies : le point de vue d’un jeune juriste.

Innovations, outils technologiques, legaltech… Ces sujets sont aujourd’hui incontournables pour le monde du droit, et imposés aux professionnels comme une obligation vitale : pour plus de productivité, d’efficacité, de valeur ajoutée… il faut innover.
Ces questions font donc partie des préoccupations des directions juridiques.
Mais qu’en est-il des jeunes juristes ? Quelle est leur vision de ces transformations ? Leurs attentes, leurs réticences ?
Pour nous éclairer, Antoine Villeronce (29 ans), juriste contrat chez Airbus Defence and Space depuis plus d’un an et membre du Comité des jeunes juristes de l’AFJE [1], a accepté de répondre aux questions du Village de la Justice.

Clarisse Andry : Quand on parle d’innovation et d’outils technologiques dans votre pratique professionnelle, qu’est-ce que cela vous évoque ?

Antoine Villeronce : Lorsque j’ai commencé à travailler il y a cinq ans, je n’avais pas forcément une idée précise de ce qu’était l’innovation. Cela évoquait surtout les outils que nous avions pu utiliser en tant qu’étudiant, c’est-à-dire les bases de données juridiques comme LexisNexis, Lextenso, les Editions Francis Lefebvre ou encore Lamyline. Je considérais qu’elles devaient nous aider à produire notre travail, à faire des recherches pour nos travaux dirigés, nos rapports de recherche, de stage... J’avais également participé à la mise en place d’une innovation lors de mon stage de fin d’année de Master 2 chez Vinci Autoroute. L’une de mes missions a été de mettre en place une veille juridique automatisée, c’est-à-dire créer une base de données concernant tous les litiges assurances de l’entreprise, et automatiser la recherche de doctrine, de jurisprudence ou d’articles liés à nos problématiques.

« Dans le milieu juridique, l’innovation aujourd’hui vient surtout des legaltech. »

Dans le milieu juridique, l’innovation aujourd’hui vient surtout des legaltech. Elles ne sont apparues que récemment et ont connu un essor incroyable. Je les découvre aujourd’hui, et m’intéresse en particulier à celles qui pourraient m’être utiles dans mon métier de juriste. Beaucoup d’entre elles s’adressent aux petites entreprises qui n’ont pas forcément de services juridiques intégrés mais je pense que certaines solutions peuvent aussi intéresser les grands groupes comme Airbus.

Avez-vous des attentes particulières par rapport aux différents outils dont vous pouvez entendre parler ?

Un outil qui serait utile aux juristes serait un « template generator » qui génèrerait des contrats on des documents types. Pour ma part, je m’occupe de la partie contractuelle de Airbus Defence and Space. Quotidiennement, je dois créer des contrats à partir de rien, mixer plusieurs documents qui pourraient potentiellement répondre à mon besoin, et essayer de les adapter par rapport aux projets en cours. Ce sont des tâches qui prennent énormément de temps, et qui nous empêche de nous concentrer sur notre valeur ajoutée : le traitement des spécificités juridiques.
Ensuite, ce serait plutôt des outils relatifs à l’accès à la jurisprudence et aux articles. Nous avons déjà des outils en place, mais il en existe de nouveaux qui sont intéressants. J’ai par exemple essayé Doctrine.fr : en comparaison des autres éditeurs, la méthode de recherche est différente, et l’outil regroupe beaucoup de fonctionnalités et de documents. Je pense donc qu’il serait bénéfique de s’en équiper.

Vous avez auparavant travaillé pour une société issue d’un groupe américain : avez-vous constaté un rapport différent à la question de l’innovation ?

« Les groupes américains sont plus sensibles aux questions de l’innovation. »

J’ai effectivement été juriste pendant quatre ans au sein d’UTC Aerospace Systems. L’entreprise faisait partie du consortium UTC, qui regroupe un nombre important de sociétés, et les bases de données de contrat partagées étaient très avancées. Les besoins de confidentialité pouvaient limiter certaines demandes, mais le partage de modèles et de contrats types était facilité. Beaucoup de juristes américains venaient de cabinets d’avocats qui utilisaient ces mêmes moyens, et les réflexes restent. Je pense que les groupes américains sont plus sensibles aux questions de l’innovation. Ce serait faux de dire que l’écart est énorme, mais les rapports sont différents. Historiquement, les legaletch sont parties de l’Amérique du Nord, faire appel à ces sociétés fait donc partie des usages.

Est-ce que ce type d’outils est plus facile à intégrer et à utiliser pour les jeunes juristes ?

Je n’ai aucun doute que les jeunes juristes auront plus de facilités à gérer ces outils. Nous sommes à l’ère de la digitalisation, et nous militerons pour utiliser des outils qui nous permettront d’automatiser certaines tâches, de gagner du temps, de diminuer les frais d’avocats… Là où il peut y avoir plus de réticences, c’est concernant les besoins auxquels répondent tel ou tel logiciel. L’innovation pour l’innovation n’apporte pas grand chose, il faut donc réussir à véritablement cibler ces besoins.
J’attends de voir ce que va donner la digitalisation en interne... Ce sont des notions nouvelles pour nous : nous sentons qu’il y a une utilité derrière, que ces technologies pourraient être utiles aux juristes, mais nous ne savons pas encore ce que ça va donner et ce que les legaltech peuvent nous offrir. Ces start-up se lancent à peine, il n’y a pas encore de gros acteur qui se distingue, que l’on pourrait considérer comme incontournable, et il y a encore peu de vision sur leurs retours clients. Mais je pense que les idées sont bonnes, et je ne peux qu’adhérer à la philosophie.

Propos recueillis par Clarisse Andry
Rédaction du Village de la Justice

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Notes :

[1Le Comité des jeunes juristes (CJ²), au sein de l’AFJE, propose aux jeunes juristes (entre zéro à cinq ans d’expérience), de constituer un réseau, de favoriser les échanges avec les juristes seniors ou d’autres professions du droit, ou encore de prendre part aux réflexions liées à la profession et à son évolution. Lancé fin 2012, il compte aujourd’hui 4.300 adhérents.

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