Propos recueillis par Clarisse Andry
Rédaction du Village de la Justice

 
Guide de lecture.
 

[Grands Prix de de l’innovation des Avocats] #1 « Pitcher sa plaidoirie ! »

Avant le vote qui aura lieu les 19 et 20 novembre prochains au RDV transformations du droit, et qui vous permettra de découvrir les pitch des finalistes – et de voter pour leur projet !-, le Village de la Justice vous présente chaque finaliste.
Et nous commençons avec le cabinet ID9 Avocats, installé à Toulon. Représenté par Tiffany Dumas, il compte aujourd’hui 3 associés, et exerce principalement en contentieux des affaires. Finaliste dans la catégorie « Management de cabinet », Tiffany Dumas propose d’utiliser les codes et les méthodes du pitch de start-up pour travailler sur ses dossiers, et pour ses plaidoiries.
Elle nous en dit plus sur la construction de son innovation, et sur les bénéfices qu’elle a pu en retirer, puis nous vous présentons notre analyse sur la proposition de valeur.

Vous pouvez assister aux pitchs publics qui verront s’affronter les cinq finalistes 2020, les rencontrer et participer au vote en direct, en vous pré-inscrivant au salon Transformations du droit (les détails horaires seront bientôt précisés).

Qu’est-ce qui vous a motivé à mettre en place cette nouvelle méthode de travail ?

J’ai créé une start-up, et à cette occasion j’ai eu la chance d’être formée dans des incubateurs et des accélérateurs. Une partie importante de ces formations consiste à apprendre à pitcher, et les principes de communication. J’ai alors trouvé que cette méthode bien plus efficace, convaincante et simple que la méthode classique de la plaidoirie, qui est plus théâtrale. Et puisque beaucoup d’autres professions travaillent avec des pitchs, avec des délais de 2 ou 5 minutes pour convaincre, pourquoi ne pas l’appliquer dans la plaidoirie ?

A force d’avoir été entrainée à faire des conférences, des formations, des pitchs dans le cadre de mon projet de start-up, je me sens personnellement beaucoup plus à l’aise de pitcher avec un support que de plaider avec des notes. C’est pour cela que j’ai voulu mettre cette méthode en place, même si elle est originale. J’ai commencé à en parler avec des confrères et avec des magistrats, pour savoir ce qu’ils en pensaient avant de me lancer, et ils m’ont dit que c’était une bonne idée. D’autant que pour nos clients, les entreprises, c’est une démarche tout à fait naturelle.

Je ne présente pas juste le pitch, mais une autre manière de plaider, parce que pour que le pitch soit efficace, il faut rédiger ses conclusions d’une manière différente, choisir différemment ses preuves ou ses pièces, parce que l’on va réfléchir aux arguments forts. L’objectif du pitch n’est pas seulement de convaincre pas des mots, mais aussi convaincre par une émotion. Donc il faut aussi trouver des arguments qui vont susciter une émotion, quelle qu’elle soit.

« L’objectif du pitch n’est pas seulement de convaincre par des mots, mais aussi de convaincre par une émotion. »

Comment a-t-elle été reçue, que ce soit par vos confrères, vos clients ou les magistrats ?

Cette méthode a énormément plu à mes clients et aux magistrats. Mes clients me comprennent et ont l’impression que je me suis mise à leur niveau, en leur expliquant les choses de manière visuelle et schématique.
Cela me paraît être plus rapide, ce qui est également un avantage devant les magistrats. Au lieu de plaider de 20 à 45 minutes, je peux respecter des délais très courts et les en informer, car tout a été préparé en amont. D’un autre côté, cela attire leur attention, ce qui est aussi l’objectif de ce travail émotionnel à partir de supports animés. Et y compris en lisant vos conclusions, ils se rappellent d’autant plus de ce que vous avez dit.

J’ai néanmoins expérimenté l’un des aspects négatifs lors de ma première tentative. En effet, de par sa présentation, le pitch est très révélateur de sa stratégie et des points forts de son affaire. Je ne voulais donc pas remettre mon pitch à la partie adverse, comme avant une plaidoirie, on ne révèle pas avant ses notes au confrère. Il s’agissait pour moi d’un support de plaidoirie, pas un élément de conclusion. Je me suis cependant retrouvée face à des confrères qui ont voulu créer un incident de procédure, alors que j’avais l’approbation d’une autre partie des confrères et du magistrat.
J’ai finalement réalisé un premier pitch de plaidoirie le 8 mars 2019 devant le Tribunal de commerce de Toulon. Pour être sûre qu’il n’y ait pas d’incident, j’ai remis ma plaidoirie. J’ai dû donc y travailler avant la fin de la mise en état, et j’ai révélé à ma consœur certaines stratégies de plaidoirie. Cela soulève finalement une question déontologique assez intéressante, et j’espère pouvoir y trouver une réponse.

« Cela m’a apporté de la clarté dans l’organisation de mon travail. »

Qu’est-ce que cela vous a apporté en tant qu’avocat ?

Cela m’a apporté de la clarté dans l’organisation de mon travail. Etant donné que j’essaye de plus en plus de schématiser les problématiques, les stratégies, les conclusions, que je vais présenter à mon client, cela simplifie le relationnel. Cela m’apporte aussi une visibilité, et je réponds aussi à une demande des entreprises qui ont l’habitude d’employer ces méthodes dans leurs réunions de travail. La relation-client s’intensifie et se clarifie.


Le point de vue de la Rédaction :

La problématique :
Pour rapprocher la Justice du grand public, un défi : être clair dans la présentation du travail, que ce soit devant le juge ou devant le client. Les clients non-initiés au langage et aux habitudes du droit ne comprennent souvent pas les plaidoiries par exemple.

La solution choisie :
Utiliser les techniques du pitch (de plus en plus connues), mais aussi du legal design, pour plaider avec l’appui d’une présentation visuelle numérique brève de type PowerPoint qui ne se contentera pas de citer textuellement les conclusions mais devra illustrer par des images et mots clés.
L’avocat doit être percutant et créatif pour susciter une émotion et convaincre le juge... mais aussi son client.

La proposition de valeur :
Il s’agit là d’une évolution dans la forme orale de la plaidoirie. Ce support facilite la mémorisation des arguments clés et la focalisation sur les éléments essentiels à plaider.
Magistrats et clients peuvent trouver là, une fois passée la surprise, une forme certaine de dynamisme et de clarté.
Quelle que soit l’issue, le client sera plus en accord avec la stratégie juridique choisie et se sentira plus proche de son avocat.
Enfin cela amène l’avocat à schématiser les problématiques, les stratégies, les conclusions, ce qui amène à clarifier la relation-client.

Propos recueillis par Clarisse Andry
Rédaction du Village de la Justice

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Vos commentaires

  • Dernière réponse : 29 janvier à 17:46
    par Riquart , Le 29 janvier à 12:29

    Très bonne idee ! Un pitch percutant sera source de meilleure compréhension du magistrat qui ne se perdra plus dans les figures de style.
    Mais pourquoi un PowerPoint ?
    Qui ne s’est pas assoupi devant le déroulé d un tel support ?
    A savoir conjuguer avec le respect du contradictoire et des principes déontologiques de loyauté la confraternité.

    • par id9 avocats , Le 29 janvier à 17:46

      Celui qui s’assoupit devant un PowerPoint, alors ce dernier a trop de contenu et n’illustre pas les propos tenus par l’orateur. Le Powerpoint sert à visualiser le propos développé pour le retenir à travers une quantité très limitée d’information telle qu’une image, un mot ou un chiffre clé.
      En somme, si l’on décroche à la parole, on reprend le fil grâce à l’image ou le thème affiché sur le support de présentation.

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