Le cabinet d’avocats international Ashurst vient de présenter le résultat de ses essais complets de trois plateformes d’IA générative ("GenAI") dans son rapport intitulé "Vox PopulAI : Lessons from a global law firm’s exploration of generative AI (Vox PopulAI" [1].
Ce rapport est l’un des premiers du genre, non issu d’un prestataire ou d’un cabinet de conseil. Il donne des données qualitatives et quantitatives sur l’évaluation par les personnels d’Ashurst de l’utilisation de l’IA générative au quotidien.
Les essais, qui ont concerné plus de 400 personnes réparties dans 14 pays, ont évalué l’utilisation d’un certain nombre d’outils alimentés par la GenAI, en mesurant leur valeur potentielle et leur impact futur dans un environnement de travail juridique, ainsi que les meilleures méthodes pour naviguer dans l’exploration de la GenAI.
La plus grande valeur de GenAI pour le cabinet s’est avérée être d’aider les avocats à créer des projets plus rapidement et plus efficacement. Grâce à des expériences contrôlées, le cabinet a mesuré des gains de temps moyens de 45%, pour la création de premières ébauches de notes d’information juridique, et de 80% pour la rédaction de documents nécessitant l’examen et l’extraction d’informations.
En termes de temps passé, les participants ont ainsi économisé 2,5 heures par projet de briefing (alors que la préparation de ces tâches prend normalement de quelques heures à quelques jours selon le cabinet). La production de premières ébauches de cette manière permet non seulement de se concentrer sur des tâches à plus forte valeur ajoutée, mais aussi d’accélérer la prestation de services juridiques.
Autre enseignement, les participants à l’étude ont eu du mal à identifier si un résultat provenait ou non de l’IA.
En effet, dans le cadre d’une étude en aveugle, un groupe d’experts a été invité à évaluer si les résultats étaient générés par la GenAI ou par l’homme. Le panel a correctement identifié tous les documents créés par les avocats comme étant générés par l’homme, alors que si la moitié des résultats de la GenAI a été correctement identifiée comme telle, l’autre moitié a été soit mal identifiée comme produite par l’homme, soit n’a pas pu être déterminée par le panel.
Note de la Rédaction : C’est rassurant pour la qualité du travail de l’IA, mais nous pose aussi des questions, par exemple sur la détection de possibles fausses informations ou d’erreurs d’analyse (quid alors de la responsabilité ?), les biais spécifiques à l’IA que l’on n’anticiperait pas, la possible violation de droits d’auteurs, les risques de manipulation etc.
En terme de valeur ressentie de la GenAI au cours des essais, elle a été positive, comme en témoignent les 61% de répondants à l’enquête postérieure à l’essai, qui ont estimé que l’utilisation de la GenAI les aidait à se sentir plus soutenus dans la gestion de leur charge de travail.
L’étude a également montré que la fourniture et l’intégration d’une "capacité GenAI" dans les outils utilisés ne se limitent pas à un simple résultat de gain de temps constaté, mais qu’il s’agit également d’aider les utilisateurs à répondre aux demandes du marché et à les devancer, de mieux collaborer avec les clients.
Chiffre important, la grande majorité des personnes interrogées (88%) à la fin de l’essai ont déclaré que l’utilisation de la technologie GenAI les avait aidées à se sentir mieux préparées pour l’avenir.
Deux commentaires internes permettent de résumer les constats et espoirs des auteurs de l’étude :
Selon Tara Waters, Chief Digital Officer, “l’IA générative offre d’énormes gains potentiels, non seulement en termes d’efficacité, mais aussi de nouvelles opportunités de création de valeur, tant pour les cabinets d’avocats que pour nos clients.
Le secteur juridique n’en est qu’au début de son voyage d’exploration dans l’adoption de technologies d’IA avancées, et ce rapport a tenté de lever le voile sur notre propre voyage et nos conclusions jusqu’à présent. Les possibilités offertes par cette nouvelle technologie sont nombreuses et il reste encore beaucoup d’essais à faire. Il est désormais vital que nous adoptions le partage et la collaboration de cette manière, afin de naviguer dans le bruit autour de la GenAI et de promouvoir un changement significatif et bénéfique dans l’industrie juridique."
De son côté, Hilary Goodier, Global Head of Ashurst Advance, a indiqué que "notre objectif, avec ces essais structurés complets, était d’aller au-delà de la simple identification des meilleurs cas d’utilisation et de la valeur ajoutée que GenAI peut apporter, et de découvrir les meilleures approches pour soutenir notre personnel dans l’adoption future de cette nouvelle capacité technologique.
Nous avons maintenant une meilleure compréhension des points de difficulté, des besoins des utilisateurs et de l’expérience quotidienne de nos avocats, ce qui nous a permis de prendre des décisions d’investissement basées sur des données mesurables et d’aller de l’avant avec la conception de nos propres politiques de GenAI et la mise en œuvre de son utilisation au sein de notre cabinet."
Source : Etude Ashurst.