Jane Kochanski
Expert traducteur
Cour d’appel de Paris

 
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  • Parution : 9 mars 2021

  • 4  /5
Guide de lecture.
 

L’évolution technologique et la traduction robotique.

La pandémie actuelle a obligé les sociétés à comprendre le besoin impérieux de numérisation et le traducteur juridique ne sera pas épargné. La réponse à la situation sanitaire sera entre autres, digitale.

L’accès plus rapide aux prestations, des coûts plus abordables, de la précision, un retour immédiat au client, et la liste des bénéfices est longue... Certes, nous sommes au 21e siècle mais la digitalisation connaît encore des limites, parfois même des pannes et, poussant plus loin notre propos, également des erreurs. La machine n’est pas un magicien de mots. En cas de panne de la mémoire de la machine, les mots et les phrases pouvaient être sujet d’erreurs linguistiques. De même, un mot pourrait, selon le contexte, se traduire par des termes différents en fonction des critères et le sens de la phrase. Le mot d’ordre pour le traducteur n’est certainement pas de laisser faire la machine et le maître mot est « non, prudence ! ».
Il faut que le traducteur guide en permanence la machine et également dans la partie dite « post édition » le traducteur doit reprendre la main pour effectuer la validation finale. Le traducteur restera responsable pour la traduction et doit effectuer cette partie du travail avec la plus grande précision.

Concernant les points forts, la machine est plus rapide que l’homme et traduira plus de mots à la minute et à l’heure. Mais, en face, le Client souhaiterait-il vraiment un traducteur robot capable de régurgiter une note, une plaidoirie, sans soin, sans finition et, au-delà de tout cela, sans réflexion. Le danger, hélas est que le robot traducteur empêche le traducteur de réfléchir et d’optimiser son activité linguistique et juridique. Nous ne pourrons pas se laisser faire et se plier face à la montée en puissance technologique. 
La machine doit rester un support, une aide pour le traducteur. La traduction finale doit émaner de l’homme afin de respecter les règles d’art du métier. Notre style linguistique est unique et doit rester ainsi. Un risque avec la traduction robotique et qu’on arrive à une forme de traduction dite « prototype » sans aucune distinction. Le traducteur perdra une partie de son aptitude à produire une traduction haute gamme. Nous pourrons également dire que signer et tamponner une traduction en partie faite par une machine freinent les règles déontologiques du métier, exigeant travail fait à titre individuel et sans assistance tierce.
 
 

Et alors la solution est-elle forcément numérique, le robot traducteur peut-il réellement exister seul… ? 

 
En vue de ce qui précède, cette question sera à nuancer. Ainsi, le traducteur doit rester responsable de sa traduction dès le départ et jusqu’à la fin du processus, y compris lors de l’étape post édition.

Imaginons l’hypothèse d’une erreur lors d’une des étapes. Qui sera responsable pour une erreur dite « digitale » ? Le traducteur peut-il exercer un recours contre le fabricant de la machine ? Jusqu’à quel point peut-on étaler sa responsabilité ? Pour une solution digitale « clé en main » dans ce domaine toutes ses questions doivent être abordées à la loupe.

Le traducteur serait-il capable de guider la machine et de rester maître de son travail malgré la puissance technologique ? Cela semble peu probable. Un homme n’est pas capable de gérer chaque erreur digitale, minime ou non.
Comme vu précédemment, le traducteur juridique s’engage sur la qualité de son travail et le fait qu’il a procédé lui-même à la traduction sans appel à des tiers. Peut-on considérer le robot comme un tiers, dégageant donc la responsabilité du traducteur ? Ou un recours du traducteur envers le fabricant ou le vendeur de la machine ? Cette réponse méritera une analyse distincte et approfondie.

La question se pose aussi concernant l’engagement de confidentialité. Avant de commencer une traduction juridique le traducteur s’engage solennellement à respecter la confidentialité de ses travaux. Cela sera fortement disproportionné par l’utilisation d’un robot.

Un service juridique a besoin de son traducteur « humain » pour faire face aux dossiers complexes et avant tout pour assurer le respect de la politique d’engagement, les règles de l’art et enfin, les règles déontologiques.
Vive la liberté d’expression du traducteur dans l’aube de l’explosion « digitale » !

Jane Kochanski
Expert traducteur
Cour d’appel de Paris

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