Retour d’expérience de la 5e Journée du droit dans les collèges : un échange gagnant-gagnant.

"Une journée pour sensibiliser les élèves aux droits et devoirs de chacun" : c’est l’objectif depuis 2018 de la Journée du droit dans les collèges, co-organisée par le Conseil National des Barreaux (CNB) et le Ministère de l’éducation nationale en partenariat avec l’association Initiadroit et le Défenseur des droits, et qui se tient chaque année le 4 octobre.
C’est la question "Tous égaux devant la Justice ?" qui était le fil conducteur de cette 5ème édition, et Gwenaëlle Vautrin, Avocate au Barreau de Compiègne, a pris le temps de faire le récit exalté de sa journée auprès de collégiens de 5ème pour le Village de la Justice.

« Le rituel de mon intervention à l’occasion de la journée du droit dans les collèges est immuable : il débute toujours par un café partagé avec la principale du collège, qui est ravie de m’accueillir, après avoir vanté la facilité d’inscription via la plateforme du CNB et sa chance de pouvoir disposer pour ses classes de 5e d’une personnalité que l’on rencontre davantage dans les tribunaux que dans les établissements scolaires.

Un petit quart d’heure d’échanges conviviaux et essentiels où l’on comprend que ces piliers de notre éducation nationale gèrent les collégiens 2022 de manière radicalement différente de ceux de 2002 : les portables et les réseaux sociaux sont passés par là avec leur cortège de cyber harcèlement et autres photos compromettantes.

La venue tous les ans des avocats dans les collèges fait désormais de notre profession un partenaire privilégié :"Le ministère enjoint tous les établissements scolaires à sensibiliser les jeunes sur la question des réseaux sociaux, vous pensez que le CNB pourra nous aider l’année prochaine ?"(NB : c’était le thème de la première édition de la journée du droit dans les collèges)

"C’est une évidence, à chaque intervention lors de la journée du droit : l’avocat est une star, qu’il le veuille ou non."

Après le café, visite rapide du collège avant de rejoindre la salle de cours.
Comme à leur habitude, les collégiens m’attendent de pied ferme et lors de ma présentation par la principale, je sens 60 regards admiratifs et intéressés.
C’est une évidence, à chaque intervention lors de la journée du droit : l’avocat est une star, qu’il le veuille ou non…les séries américaines (et françaises d’ailleurs) ont bien fait le job, ainsi que les confrères médiatiques, entre notre garde des Sceaux et ceux des plateaux TV qui ont contribué à accroître notre notoriété.

L’avocat est tellement encensé que les premières questions ne me font pas descendre de mon piédestal : "un avocat qui tue quelqu’un, il ne va pas en prison, n’est ce pas ?"... "oui mais s’il va en prison, ce n’est pas la même que pour les autres ?"

C’est évident d’entrée de jeu : le thème de cette journée « Sommes-nous tous égaux devant la Justice ? » se fait voler la vedette par la profession d’avocat ; les questions fusent, juste après l’histoire de notre robe qui suscite toujours autant d’admiration quand je la sors religieusement de son sac : "j’ai vu des avocats avec une perruque, pourquoi il n’y en a pas en France ?"... "Est-ce que la robe est la même dans tous les pays du monde ?"

Le tour du monde de la robe me permet d’aborder un thème qui me tient à cœur : l’avocat combattant des droits de l’Homme, emprisonné ou tué dans tous les pays anti-démocratiques ; les questions sont nombreuses lorsque j’évoque notre tradition française de défense de nos confrères étrangers, leur parlant de l’une de nos mobilisations au profit de l’avocate iranienne Nasrin Sotoudeh.
La situation des avocats chinois touche particulièrement les collégiens : "ils ont fait autant d’étude et on peut leur interdire de faire leur métier parce qu’ils ont fait des choses pour défendre les droits de l’Homme et que ça ne plaît pas ?"…Quelques murmures au fond de la salle, j’entends le mot "courage".
Je reviens en France, séries américaines et médias obligent, c’est la Justice pénale qui va mobiliser les échanges.

Certes, il faut recadrer le débat entre "objection" et "Votre honneur" mais l’audience pénale et ses suites passionnent nos collégiens : "Comment on se place dans un tribunal ?"... "C’est quoi la prison avec sursis ?"... "Comment ça marche le bracelet électronique ?"... "J’ai vu des policiers à côté d’une personne qui arrivait dans un tribunal, pourquoi ?"

Les questions sont tellement nombreuses sur le déroulé de l’audience pénale que je décide de déployer le procès fictif d’un chauffard et de sa victime sur le tableau blanc. Quel silence dans la salle pendant la reconstitution de l’affaire !
Je croise le regard envieux de nos 4 professeurs accompagnateurs.

Après le délibéré qui condamne notre chauffard, on évoque la privation de liberté… sacré sujet qui va nous occuper notamment sur les conditions de détention, la condamnation régulière de la France sur l’état indigne de ses prisons ; les jeunes pensent à l’isolement des détenus : "La famille peut aller voir le prisonnier et comment ça se passe ?"

Et arrive évidemment la question que tous les jeunes nous posent, qu’importe d’ailleurs le thème de la journée : "Est-ce que je peux aller en prison si j’ai moins de 18 ans ?"

On évoque alors la justice des mineurs, le juge pour enfants et bien sur le sujet de la drogue qui les touche particulièrement, leur rappelant que l’une de mes dernières interviews avait pour sujet l’arrestation d’un jeune dealer de 12 ans, jugé à Compiègne… émoi et "Oh" dans la salle !

Une question me permet de parler de nos multiples missions, en dehors de notre rôle judiciaire : "un avocat, on peut le croiser en dehors du tribunal ?"
Je réponds par une autre question : "Sais-tu qui est la personne qui gère la carrière de Kylian Mbappe ? C’est une avocate."

Aux "Oh" précédents, succède une multitude de "Waouh" des joueurs de foot nombreux dans la salle…je profite de ce moment pour inviter les collégiens à découvrir les 15 reportages de Brut sur les multiples facettes de notre profession.

J’ai aussi droit à la traditionnelle "séquence matrimoniale" à l’occasion des échanges avec nos perspicaces collégiens : "un avocat peut-il se marier avec un avocat ? ou un magistrat ? ou un détenu ?"

L’intérêt pour notre profession est tel que j’ose passer un cap en évoquant bâtonnier et barreau… et là aussi, les questions fusent : "Vous pouvez vous aider entre vous si un jour il n’y a pas assez d’avocats à Compiègne pour un dossier ?"

"Je ressors de chaque intervention "boostée" par cette sagacité et l’intérêt que les jeunes portent au monde de la Justice."

Après 2 heures, 120 questions et une réduction de mes capacités vocales de l’ordre de 50%, une musique distrayante signe la fin de mon intervention… ou presque… une dizaine de collégiens m’attend pour discuter en face à face : "On a une question et on n’a pas osé en parler devant la classe".

Entre les questions personnelles et touchantes sur les situations vécues de séparation, l’interrogation de cette collégienne, qui m’a fixé intensément pendant toute l’intervention sans se manifester en public, m’interpelle : "J’ai un ami qui est tombé dans la drogue, il a été condamné et il est en foyer ; tous ses amis ont arrêté de lui parler mais pas moi je l’ai défendu même contre mes parents car j’ai dit que ce n’était pas sa faute, j’ai eu raison de le faire ?"
- "Tu as eu raison de le faire ; tu ne l’as pas jugé et tu l’as aidé à ne pas être seul dans cette épreuve… bravo pour ton courage, je pense que tu as été avocate avant l’heure sur ce coup-là."

Je quitte la salle de cours, après notre complice échange de sourire, pour saluer la principale, qui souhaite être rassurée sur ma perception de ses collégiens : invariablement, je donne la note de 20/20, parce que je ressors de chaque intervention boostée par cette sagacité et l’intérêt que les jeunes portent au monde de la Justice en général et au métier d’avocat en particulier.

Nous prenons déjà rendez-vous pour la prochaine fois, ce sera début 2023 pour à nouveau échanger avec ces collégiens de 5e à l’occasion de notre nouvelle opération prévention drogue.

Je quitte le collège en forme olympique jusque l’hiver, avant de retrouver mon cabinet… je m’attribue sur la route du retour la note de 19/20… un point en moins car cette fois ci, on ne m’a pas demandé d’autographe. »

 

Gwenaëlle Vautrin, Avocate au Barreau de Compiègne.

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Vos commentaires

  • par D. Lopez-Eychenié , Le 12 novembre à 19:22

    Bravo Consoeur, j’ai lu avec grand intérêt votre témoignage et tenais à vous féliciter en général mais aussi pour être venue en témoigner avec enthousiasme !

Bienvenue sur le Village de la Justice.

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