Accueil Actualités juridiques du village Tribunes et points de vue

La Blockchain une solution pour le vote électronique, notamment en Afrique.

Par Désiré Allechi, Juriste.

La technologie blockchain est actuellement en vogue du fait de ses caractéristiques qui coïncident avec l’idéal recherché dans l’univers dématérialisé.
Ses caractéristiques intéressent divers secteurs et pourraient être une opportunité à saisir pour les États notamment dans le domaine du vote.
Cette technologie pourrait donner plus de poids au vote électronique pour des élections transparentes et sécurisées dans le monde et singulièrement en Afrique.

Dans les Etats ayant choisi la démocratie comme régime politique, le moyen par excellence d’expression de sa volonté est le vote. Le vote est défini par le dictionnaire politique La Toupie comme : « la manifestation d’une opinion, d’une volonté ou d’un choix lors d’une consultation au sein d’un corps politique, d’un collège électoral, d’une assemblée délibérante, etc., en vue d’une élection, d’un référendum ».

Le vote, tel que traditionnellement appréhendé a connu des bouleversements avec l’avènement des TIC dans le domaine électoral. En effet, est-il important de noter que les Technologies de l’Information et de la Communication sont intervenues dans le domaine du vote par l’introduction du vote électronique.

Le vote électronique est un système de vote dématérialisé, à comptage automatisé, notamment de scrutins, à l’aide de systèmes informatiques.
Il présente assez d’avantages par rapport au vote traditionnel notamment des élections légitimes, grâce à la réduction des erreurs liées au support papier, des résultats quasi immédiats dès la clôture du vote, confidentialité, secret du vote et une baisse significative des coûts.
Toutefois, convient-il de noter qu’il présente des inconvénients et non des moindres. En effet, il est possible avec le vote électronique d’associer techniquement l’identité de l’électeur à la nature de son vote à l’aide de moyens informatiques. Aussi, rien ne prouve que le logiciel agréé pour le vote ne soit pas infecté de virus.

Toutes ces inquiétudes remettent en cause la confiance des individus en l’usage du vote électronique.
Il se pose naturellement la question de savoir comment assurer la confiance des individus au vote électronique par la technologie vu que le recours au vote traditionnel n’est aucunement un gage de confiance et même constituerait une régression dans un monde fortement marqué par la technologie.

En d’autres termes, quelle solution technologique serait à même de garantir la confiance dans l’utilisation du vote électronique ?
A une telle question, nous privilégions la technologie Blockchain sans toutefois prétendre qu’elle est la seule technologie à même de venir au secours du vote électronique. Il convient d’ores et déjà de préciser que le choix de cette technologie a été opéré au vu des caractéristiques dont elle dispose. Mais qu’est-ce que la blockchain ?

La blockchain (dont la traduction en français est chaine de bloc) est une technologie qui permet de stocker et de transmettre des informations de manière transparente, sécurisée et sans organe central de contrôle. Elle ressemble à une grande base de données qui contient l’historique de tous les échanges réalisés entre ses utilisateurs depuis sa création.
Elle peut être utilisée pour le transfert d’actifs (monnaie, titres, actions…), la traçabilité d’actifs et de produits, et pour exécuter automatiquement des contrats (smart contracts). Sa capacité à intervenir dans divers domaines et ses caractéristiques, font d’elle une technologie assez prisée dans l’univers dématérialisé.

Il s’agira donc dans le présent article de tenter de mentionner l’impact positif que pourrait avoir cette technologie une fois associée au vote électronique sans toutefois entrer dans les démonstrations purement techniques.

Concrètement, la blockchain pourrait sécuriser et assurer la transparence du vote électronique (1). En outre convient-il de noter et c’est le cœur de notre article qu’une telle technologie utilisée dans le domaine du vote électronique serait une solution adéquate pour les Etats africains (2).

1- La sécurisation et la transparence du vote électronique effectué via la blockchain.

La sécurité dans le monde du numérique est un gage de confiance. Toute technologie assurant la sécurité des informations qui lui sont confiées suscite un intérêt pour les individus. Mais l’univers dématérialisé étant en perpétuelle évolution, les solutions d’hier deviennent les problèmes d’aujourd’hui. En clair, la sécurité est un idéal recherché dans le monde dématérialisé. La technologie blockchain a su séduire les Geeks par ses caractéristiques notamment la sécurité des informations. La sécurité de la blockchain tient au fait que celle-ci repose non seulement sur un système Peer-to-Peer mais aussi sur un système cryptographique.

En effet, le Peer-to-Peer définit un modèle de réseau informatique d’égal à égal entre les ordinateurs qui distribuent et reçoivent des informations. Les informations sont partagées directement entre les ordinateurs et donc de façon décentralisée sans une quelconque intervention humaine. C’est d’ailleurs un moyen efficace permettant d’éviter les velléités de fraudes comme c’est notamment le cas dans les systèmes électoraux centralisés.

Ainsi la fiabilité du vote électronique a-t-elle été remise en cause après le fiasco de la primaire UMP pour désigner leur candidat à la mairie de Paris. En outre repose-t-elle (la blockchain) sur un système cryptographique.

La cryptographie est la pierre angulaire de la technologie blockchain. En effet, dans l’écosystème blockchain, la cryptographie particulièrement celle asymétrique est utilisée dans le but de garantir la sécurité en employant une technique de chiffrement. Dans le cadre électoral, les blocs constitués sont assimilables à des urnes et chaque bloc est marqué par une empreinte électronique (hachage) qui est une sorte de numéro de série unique attribué à chaque urne (bloc). Il permet (le hachage ou hash) de vérifier l’authenticité de l’urne en question.
Cela veut dire que si une personne subtilise un vote déjà validé par les "mineurs" de la blockchain, cette urne ne sera tout simplement pas reconnue car pour corrompre la blockchain, il faut qu’un seul acteur puisse avoir plus de 51% de la puissance de calcul du réseau.
Concrètement, pour truquer un seul vote dans la blockchain, il faudra le faire sur l’ensemble du système distribué sur tous les nœuds du réseau, chose difficile à faire. Et comme toutes les urnes (tous les blocs) contiennent un résumé (hash) de la précédente, il y aura une sorte d’effet domino dans les autres urnes.
Toutefois, faut-il préciser que ce n’est qu’un cas d’école théorique car jusque-là, il ne s’est jamais produit un tel cas de figure ce qui donne plus de poids à la technologie blockchain.

De plus, est-il nécessaire de mentionner le fait que la technologie blockchain est une technologie assez transparente dans la mesure où toutes les personnes intervenant dans le réseau prennent connaissance des informations transitant dans ledit réseau aux fins de procéder à leur validation (expression du consentement) pour la constitution des blocs.
Avec le vote par la blockchain, vous devriez pouvoir suivre à la trace votre bulletin et voir dans la blockchain qu’il a atterri à la bonne adresse (et donc qu’il sera utilisé dans le décompte final). Même si votre identité n’y est pas attachée, votre bulletin sera présent dans la blockchain et y restera inscrit indéfiniment. De telles caractéristiques ne seraient-elles pas le gage d’une paix durable en Afrique ?

2- Plaidoyer pour l’utilisation de la blockchain et du vote électronique dans les Etats africains.

Le vote a toujours été un sujet sensible dans le monde mais particulièrement en Afrique. En effet pour certains, vote rime avec guerre, insécurité… bien que les Etats se targuant de démocrates soient de plus en plus nombreux, la réalité est toute autre. La technologie blockchain n’est-elle pas un outil efficace pour assurer la stabilité politique et sociale en Afrique ?

On a coutume de le dire et cela n’est plus un secret pour personne, les Etats africains sont des spécialistes dans l’implémentation, la réception de tout ce qui se fait à l’étranger (Europe) et ce sans aucune jugeote. Innover est une qualité mais à défaut d’innover, il faut savoir copier dans le bon sens et cela n’est pas un mal en soi dans la mesure où la réception d’une méthode développée ailleurs coïncide sinon permet de résoudre les maux que nous vivons quotidiennement.

Récemment un système de vote électronique basé sur la technologie blockchain a été testé à l’EPL dans le but d’établir un garant numérique de la confiance entre plusieurs partenaires.

La technologie blockchain présente assez de propriétés, lesquelles peuvent permettre de lutter contre certains maux que nous rencontrons. A cet effet, Olivier Crochat, directeur exécutif du C4DT affirme : « Aujourd’hui, dans des élections contestées, les partis d’opposition ou la communauté internationale doivent se contenter d’envoyer des observateurs. En passant à un vote électronique avec cette approche décentralisée, les données sont vérifiables par tous, et la preuve de non manipulation est apportée. De plus, la technologie développée à l’EPL nécessite peu d’infrastructures et est très facile à mettre en œuvre : elle pourrait donc être appliquée à une grande variété de scrutins. »
A travers les propos cités ci-dessus, nous notons l’importance du vote électronique effectué via la blockchain.

Une Afrique intégrant la technologie blockchain dans ses activités quotidiennes notamment dans un domaine assez important comme le vote, serait une Afrique gagnante sur tous les aspects. Une sensibilisation quant à l’usage de cette technologie s’impose donc.
Cette importance de la blockchain dans le vote électronique s’est d’ailleurs remarquée au Kenya ou le président de la commission électorale affirmait l’actualité de l’adoption du projet d’intégration de la blockchain au système électoral. Une telle initiative est à louer et d’ailleurs à suivre pour assurer le respect des droits des votants mais aussi la stabilité socio-politique pour une harmonie certaine.
La question de l’importance de la blockchain n’est plus une question à poser car cette technologie a longuement fait ses preuves en Europe dans presque tous les domaines.

Toutefois la question de sa réussite en Afrique dépend uniquement de la mentalité des dirigeants. Il faut tout simplement une réelle volonté des décideurs pour prétendre changer de paradigme en Afrique car les moyens n’ont jamais fait défaut, c’est juste leur utilisation qui est problématique.

Désiré Allechi,
Juriste Spécialiste du Droit des TIC

Voir tous les articles
de cet auteur et le contacter.

Recommandez-vous cet article ?

Donnez une note de 1 à 5 à cet article : L’avez-vous apprécié ?

8 votes