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Une école de l’innovation pour les élèves-avocats !

La formation des élèves-avocats évolue pour s’adapter aux transformations que connaît la profession d’avocat. Beaucoup en rêvent, l’Ecole Régionale des Avocats du Grand-Est (ERAGE) le fait ! L’école de l’innovation, lancée en 2017, est un programme d’un genre nouveau composé d’une cinquantaine d’heures de formation qui viennent s’ajouter au programme réglementaire élaboré par le CNB.
Au menu, des softs skills avant tout mais aussi du digital, de la stratégie, du business model, de l’innovation, du legal design… et des projets à réaliser. A titre d’exemple, le projet "Law box : le pari de la réussite !" élaboré par trois élèves avocats et juristes. Le projet fait actuellement l’objet d’une campagne de crowdfunding pour un lancement en septembre 2018 [1].

Le Village vous en dit plus avec Enke Kebede, directrice de l’ERAGE, à l’origine de cette école.

Laurine Tavitian : Les élèves-avocats abordent-ils l’école de l’innovation avec réticence ou enthousiasme ?

Enke Kebede : Quand nous leur avons présenté le programme pour la première fois, ils étaient plutôt réticents, voire pour certains réfractaires. En réalité, ils étaient déstabilisés par cette nouvelle vision de leur future profession puisque l’Université ne les a pas préparés au nouveau contexte du marché du droit. La plupart prenaient conscience des mutations de la profession et des nouvelles modalités d’exercice pour la première fois à l’Ecole.

"Les élèves-avocats étaient déstabilisés par cette nouvelle vision de leur future profession."

Puis, au fur et à mesure de la scolarité, ils ont compris les enjeux et l’opportunité qu’on leur offrait. Ils se sont tous impliqués, se sont lancés dans des projets qu’ils ont pu concrétiser. Certains, souvent d’ailleurs les plus réticents au départ, ont même dépassé nos espérances et nous ont surpris par leur audace.

Même si nous ne pouvons pas faire de miracle en six mois, nous avons essayé de leur transmettre les bons réflexes de l’avocat de demain.

Pourquoi ce programme est-il adapté aux différents choix de carrières des élèves-avocats ?

"Notre objectif est de former de jeunes avocats pour aujourd’hui tout en anticipant les besoins de demain."

En tant qu’école professionnelle, notre objectif est de former de jeunes avocats pour aujourd’hui tout en anticipant les besoins de demain.
Le programme de notre école de l’innovation est basé à 90 % sur des compétences personnelles, des soft skills aujourd’hui indispensables à toute profession. Nous leur apprenons à travailler en mode collaboratif et en workshop [2], on les sensibilise aux nouveaux outils et méthodes innovants (ex : justice prédictive, Legal design) mais aussi aux nouveaux domaines d’activités (objets connectés, Blockchain), enfin on les plonge dans une démarche entrepreneuriale puisque ils gèrent un cabinet virtuel tout au long de leur scolarité (modèle économique, financement, stratégie marketing et gestion au quotidien). En somme, on les encourage à porter un nouveau regard sur leur futur métier pour se conformer aux nouveaux besoins de leurs futurs clients.

La pédagogie active mise en œuvre, inspirée des dernières recherches en neurosciences, leur permet d’être acteur de leur formation et d’orienter leur parcours en fonction de leurs compétences, parfois non juridiques, et de leurs aspirations.
Ces nouvelles compétences leur permettent par ailleurs d’impulser une dynamique innovante dans les structures qu’ils vont intégrer.

La question du choix de carrière implique aussi une dimension générationnelle. Les élèves avocats sont beaucoup plus mobiles qu’auparavant, ils aspirent à un équilibre entre vie professionnelle et vie privée et sont globalement insatisfaits du statut de collaborateur, c’est le résultat d’une enquête menée par un groupe d’élèves avocats de l’ERAGE auprès des élèves avocats au niveau national. Les cabinets doivent donc réagir en conséquence s’ils souhaitent endiguer le flot d’élèves avocats qui préfèrent abandonner la profession.

Quels messages souhaitez-vous faire ainsi passer aux élèves-avocats ?

"Ce sont eux, les jeunes, qui vont donner une nouvelle dynamique à la profession d’avocat en étant moteur du changement."

Le premier message que nous souhaitons transmettre à travers notre programme c’est qu’aujourd’hui le droit ne suffit plus pour exercer. Ils doivent enrichir leur palette de compétences pour comprendre et anticiper les besoins des clients, concevoir des modèles économiques innovants, élaborer une stratégie digitale, envisager la collaboration avec d’autres professionnels…

Le second message est que les élèves vivent probablement une période unique dans l’histoire de la profession puisque ce sont eux, les jeunes, qui vont lui donner une nouvelle dynamique en étant moteur du changement. C’est un défi enthousiasmant.

Quelles clés indispensables donnez-vous à vos élèves pour « affronter » l’avenir ?

Une clé essentielle : l’adaptabilité.
Nous vivons une époque mouvante où notamment la technologie toujours évolutive reconfigure constamment les modalités d’exercice. Nous incitons donc les élèves à rester curieux et ouvert, à maintenir une veille active, à garder un esprit critique et s’inspirer des bonnes pratiques. L’avenir peut être radieux si on envisage le changement comme une nouvelle opportunité.

L’adaptabilité est aussi une clé que nous appliquons à nous même. Nous ne pouvons plus, comme auparavant, faire des projections sur la profession pour les cinq à dix années à venir pour concevoir notre programme. Aujourd’hui, on doit procéder constamment à des ajustements, et même en cours de scolarité, pour intégrer toute actualité pertinente.

Votre programme comporte un volet réalisation de projets. Pouvez-vous nous présenter quelques exemples concrets ?

"La réalisation de projet est une modalité idéale pour l’acquisition de la confiance en soi."

C’est l’un des volets de l’Ecole de l’innovation. Nous demandons aux élèves de travailler par groupe de cinq sur un projet ou une thématique d’avenir. Ils sont libres de leur choix mais on leur soumet une trentaine de pistes.
On a été très agréablement surpris par la qualité de l’engagement et la restitution des différentes équipes.

Pour en citer quelques exemples : un film sur l’intégration de la justice prédictive à l’activité de l’avocat (qui sera d’ailleurs diffusé au 2ème Village de la Legaltech en décembre), un rapport sur l’activité commerciale accessoire, une enquête auprès des élèves-avocats pour connaître leur vision de la profession, un projet Law by design sous la direction d’Elodie Teissèdre de Clearcase qui a donné lieu à la conception de supports pour des associations partenaires,…

Parmi les projets de cette année, il y en a un qui fait la synthèse de tout l’apprentissage de l’école. C’est le projet Elleslaw, « le kit de survie juridique pour femmes modernes (ou non) », projet entrepris par six élèves avocates. Elles ont réussi à constituer une équipe pluridisciplinaire, à construire leur projet à partir d’un besoin client après plusieurs recherches sur des forums, elles ont fait le choix, pour démarrer, d’un support à moindre coût et qui reprend les codes des magazines féminins auxquels sont sensibles leurs futurs clients (un blog) avec une réflexion sur un modèle économique qui y sera adjoint dès qu’elles pourront exercer et enfin, elles ont su maîtriser la communication. Tous les volets de notre programme se retrouvent dans ce projet.

Ces différents projets ont permis aux élèves de voir l’intérêt du travail collaboratif, d’échanger avec des experts selon le cas et de produire des éléments concrets et utiles alors qu’ils se sentaient a priori incapables. C’est une modalité idéale pour l’acquisition de la confiance en soi.

Pensez-vous que ce programme pourrait-être proposé en formation continue et pourquoi ?

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L’ERAGE

L’ERAGE a également pour mission d’accompagner les avocats dans cette phase de transformation, ce d’autant que les besoins commencent à s’exprimer.
A ce titre, nous avons lancé en septembre la 1ère édition de #PopCab à Metz, un format adapté aux professionnels en deux étapes : une sensibilisation à la transformation générale de la profession et des ateliers pratiques comme le design thinking, la stratégie digitale, l’organisation du cabinet, l’utilisation des technologies, les nouvelles modalités d’exercice.
Nous envisageons déjà une deuxième édition en 2018 dans l’une des villes de notre ressort.

Propos recueillis par Laurine Tavitian

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Notes :

[1La law box accompagne les étudiants tout au long de leur année universitaire avec des fiches conseils adaptées à la période de l’année et des objets en tout genre pour rendre l’apprentissage plus agréable. Le projet fonctionne sur le principe d’un abonnement, chaque mois l’étudiant reçoit sa Law box.

[2Atelier de travail sur un thème particulier

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