« Rosiers sous les arbres » de Gustav Klimt spolié par les nazis : la France annonce sa restitution prochaine.

« La spoliation est un acte vil, dont il faut mesurer les conséquences dévastatrices (…) aujourd’hui, les œuvres spoliées non restituées sont parfois les seuls biens qui restent aux familles. Si nous nous trouvons aujourd’hui rassemblés, c’est précisément pour évoquer l’un de ces souvenirs arrachés à ses propriétaires ; et pour vous annoncer la décision que j’ai prise, en plein accord avec le Premier ministre et le Président de la République. Nous allons lancer la procédure de restitution de Rosiers sous les arbres, un tableau de Gustav Klimt conservé au musée d’Orsay, à ses propriétaires légitimes, les ayants droit de Nora Stiasny ».

Par ces mots, la ministre de la Culture Roselyne Bachelot-Narquin annonçait lors d’une conférence de presse le 15 mars dernier la restitution de la toile du peintre autrichien. La propriétaire, victime de l’Holocauste, en avait été dépossédée lors d’une vente forcée en Autriche, en août 1938 quelques mois après l’Anschluss.

Exécuté entre 1904 et 1905, le tableau d’un peu plus d’1,10 mètre de côté représente sans perspective des arbres fleuris peints par petites touches afin de donner une impression de mouvement. Acquise en 1980 par le Musée d’Orsay en préfiguration de son ouverture, il s’agit de la seule œuvre de Gustav Klimt, peintre majeur de la Sécession viennoise, dont la France est propriétaire. A l’époque de son acquisition, rien ne pouvait laisser présumer que l’œuvre avait été spoliée, comme le soulignent la ministre de la Culture et le conseil des ayants droit de Nora Stiasny : « toutes les vérifications nécessaires avaient été menées ».

Mais au cours des dernières années, la provenance véritable du tableau a peu à peu été établie. En effet, un important travail de recherche a été mené durant deux ans par les équipes du musée d’Orsay et la galerie du musée du Belvédère à Vienne pour trouver la provenance exacte de Rosiers sous les arbres, après que l’ambassadeur d’Autriche en France, Walter Grahammer, a alerté la France en 2018 de la découverte de nouveaux documents laissant penser à une spoliation. La coopération des chercheurs français et autrichiens a permis de retracer le parcours de la toile, malgré la destruction des preuves par les nazis et la perte de la mémoire familiale avec le temps.

La toile a été achetée en 1911 par le collectionneur juif autrichien Viktor Zuckerkandl, figure du monde des arts et mécène, notamment des artistes de la Sécession. Acquise sous le nom de « Roses » (« Rosen » en allemand), elle en portera d’autres par la suite : « Pommiers avec des roses » et « Paysages ». A la mort de Viktor puis de son épouse en 1927, leurs sept tableaux de Klimt furent vendus ou répartis entre les membres de la succession et c’est ainsi que Rosiers sous les arbres revint à sa nièce Nora Stiasny. Avec son mari Paul Stiasny, Nora vivait dans l’une des villas du sanatorium de Purkersdorf, près de Vienne, fondé par Viktor Zuckerkandl et construit par Josef Hoffmann, qui était devenu un centre de médecine. L’annexion de l’Autriche en 1938 entraîna presque immédiatement l’« aryanisation » de ce sanatorium et les biens de Nora Stiasny furent progressivement confisqués.

En août 1938, persécutée en tant que juive et acculée financièrement, la propriétaire de la toile est contrainte de la vendre pour une somme dérisoire : six à cinquante fois inférieure à sa valeur selon les différents témoignages et estimations. Par la suite, en avril 1942, Nora Stiasny et sa mère Amalie furent déportées et assassinées en Pologne. Cette vente avait en fait été organisée par l’artiste Philipp Häusler, ami de Nora Stiasny, devenu militant nazi et qui devint le propriétaire de l’œuvre jusqu’à sa mort dans les années 1960.

C’est parce que la trace de cette vente forcée avait été perdue que le tableau a pu être légitimement acquis par la France.

En 2001, les ayants droit de Nora Stiasny obtiendront ensuite la restitution d’un autre Klimt intitulé « Pommier II », par le musée du Belvédère à Vienne.

Cependant, en juillet 2017 les autorités autrichiennes ont conclu qu’il y avait eu erreur ; la véritable œuvre spoliée est bien « Rosiers sous les arbres » selon les conclusions de l’enquête menée par le Musée d’Orsay dans le cadre d’une mission lancée en 2019 par le Ministère de la Culture, spécifiquement consacrée à l’identification des œuvres spoliées présentes dans les collections.

Ainsi, pour « rendre justice aux ayants droit de Nora Stiasny » qui avaient adressé une demande de restitution à la France en 2019, le Gouvernement présentera prochainement un projet de loi destiné à autoriser la sortie de cette œuvre des collections nationales. En effet, à la différence d’une œuvre Musées nationaux récupération (MNR) qui n’appartiennent pas aux collections nationales et qui sont donc restituables si elles ont été spoliées, ladite toile ne peut être immédiatement restituée.

Et pour cause, une telle restitution se heurte en droit français au principe consacré par le Code du patrimoine et le Code général de la propriété des personnes publiques selon lequel les biens constituant les collections des musées publics et faisant ainsi partie du domaine public sont inaliénables, insaisissables et imprescriptibles.

Comme l’a martelé la ministre de la Culture, cette décision de procéder à la restitution d’un des joyaux des collections publiques marque l’engagement de la France « en faveur du devoir de justice et de réparation vis-à-vis des familles spoliées » et s’inscrit dans une démarche qui donnera lieu à d’autres restitutions.

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